L'être à Dieu ou à l'odieux
Par Ginette Fanfiole le lundi 26 avril 2010, 00:18 - Anges fantasques - Lien permanent

Rien, je ne cherche rien, je suis assise là, au bord de je sais quel courant, et mes yeux sont perdus dans les reflets. Je suis arrivée. J'ai trouvé. Des impossibles et des improbables, j'en ai vu le bout, et au bout il y a moi. Improbable et impossible, tangente et réelle. L'être et ne pas être, l'ici et maintenant, mais c'est un autre lieu, et c'est une autre vie.
Rien, je ne sais rien de plus qu'hier et bien moins que demain. Je prendrai toute la place quand je disparaîtrai, tu crois que je ne sais pas ? Je m'efface dans la lumière, ce qui me ronge, me mange, ce qui m'échappe, c'est encore moi. C'est sans issue. J'ai l'œil grand ouvert, pourtant, mais c'est ainsi, je n'y vois pas, je n'y vois pas comme ça. Je vais disparaître et tu me manques déjà.
Ici ou ailleurs, c'est pareil, c'est nulle part où aller, je sais le lieu, maintenant, et je n'y serai pas. Futur indicatif, si tu vois. Bâti sur les conditionnels qui ont balayé mes convictions. Les pilotis s'enfoncent tranquillement et l'eau n'est même plus froide, noire seulement. Le froid, c'est moi, maintenant, et c'est presque apaisant, l'éviction en immersion. On ne compte pas les temps en années ou secondes, pas même en grains de sable. A la rigueur, en grains de folie, synchrones ou asynchrones, en grains de chapelier. Je retourne chez lui, je noierai ma mélancolie dans une tasse de thé renversé, et le loir m'apprendra à couler un sommeil mélasse et lisse.
Lasse. Tellement, si tu savais, c'est tellement long de s'enfoncer, je ne verrai plus que toi, jusqu'à l'enlisement, c'est juste un enterrement sucré. Je retournerai à la terre et à tous mes possibles, et j'attendrai tous les temps et tous les âges, je passerai toutes les révolutions, toutes les illusions. Les valets de cœur repeignent les roses en rouge et blanc, tout dépend, c'est sans importance. Ce qui compte, j'ai compris maintenant.
Ce qui compte c'est le parfum, c'est l'évanescence. Je suis trop lourde, trop lourde. Je sais. Je m'en vais. Je m'évanouis.