Le fil coupé du funambule
Par Ginette Fanfiole le dimanche 18 avril 2010, 01:30 - Mots d'absence - Lien permanent

Voilà, c’est tu, comme il est court le chemin qui court de tutoie à tais-toi. Une impasse de plus, les mots vides, l’esquive. Veille inutile, encore une fois, comme hier, comme demain, l’espace aspire tous les silences et les mystères se retirent, les mystères se replient sur soies, les mystères s’esquivent comme ils hèlent, de loin, les chambres closes, les cachots, les barreaux.
Vois-tu, tu vois, tu n’entends pas ce que tu ne veux pas voir, tu ne m’entends plus, nous n’irons pas plus loin. Le pli est dépris, long, c’est trop long, le pas et le silence forcés comme on force une porte, le silence éraillé, c’est sans moi. Parfois il est trop tard. Les routes se dépavent et retournent à l’oubli, le silence se creuse, à l’appel rien ne répond.
Le vent sur mon visage, le bruit de l’eau, et les feuilles, ce vert à croquer qui s’ouvre au printemps, le vert évidé, le vert noyé. Les couleurs se détachent et l’univers retourne au gris des mondes en gestation. La substance éperdue, la substance perdue, les échanges en balles creuses, sans effet, le raisonnable est de retour, le raisonné, l’ivresse nous a quittés.
Les jeux sans je, obligés, convenus, sans surprise, les rails recalés, bien en place, et suivre les voies plutôt que suivre les voix. Tais-toi, ce n’est plus toi que j’entends, la vie est absente, la vie une fois de plus éclipsée. La vie évidée, le sens évacué et la sensation éludée, j’avais quelqu’un au bout du fil, je l’entendais respirer. Je l’ai perdu. Le fil. Ou on l’aura coupé.
Le silence est revenu, ce n’est pas le chat qui m’a griffée, il est jaloux, le chat, il s’en va. Le silence s’étale, acide, le silence ronge l’espace et ouvre les possibles, tous les possibles, le doute. Le doute ne fait aucun doute, et l’hésitation se confirme. Pas bouger. Effacer. Oublier. Oublier qui on a été pour oublier ce qu’on a perdu. Cesser de revenir sur ses pas, cesser de surveiller, de guetter, de chercher, cesser de flairer comme une chienne les traces de vie, policer, lisser, filtrer le trouble et rendre toute sa place à l’ennui.
Ce n’était rien, une idée de passage, un feu follet. Il n’y avait personne, en effet, je ne crois plus. Tu vas me manquer.