Cauchemar de poisson rouge
Par Ginette Fanfiole le dimanche 18 avril 2010, 12:30 - Idées noires - Lien permanent

Elle fond, elle se fond, elle dissout en eaux salées la tristesse sur son visage. Les disparitions se succèdent, elle est seule à rester. La paroi transparente de sa bulle, et le monde au travers, déformé, irisé, ce qu'elle voit n'existe pas. Ce qu'elle pleure elle ne l'a pas rêvé. Un mirage, une illusion d'optique, le miroitement des eaux sombres. Les reflets inversés.
Elle ne distingue pas son envers de son endroit, elle ne sait pas. Elle tourne en derviche, et rien ne se crée, elle traverse, le vide l'aspire, au fond du trou noir elle est lourde de peines, elle ne sait pas reconnaître les siennes. Elle se perd. C'est un monde sans âmes, ni frères, ni sœurs, ni lumières. L'espace tournoie, jusqu'au vertige, et le silence, le silence suraigu transperce ses tympans.
Il n'y a jamais rien eu, ni personne, même pas son regard vide, son regard avide, le désespoir pour cause. Sa solitude d'écorchée vive, retire la main de son épaule. Retire ta main. Retire-toi. Où elle est tu ne la suivras pas, où elle est il n'y a rien. L'usure lui a limé la peau, tout la brûle, elle veut de l'eau. De l'eau.
Elle est comme un poisson dans son bocal, elle voit et elle entend mais le bruit du monde est assourdi et ses contours sont flous. Son œil immobile est attentif, elle s'applique à bien écouter, mais c'est un monde où elle n'a pas place, prisonnière d'elle même, asphyxiée. Elle flotte ventre en l'air et voit le monde à l'envers, elle en rit de ce rire dément, le rire désabusé des abusés qui s'éveillent, la gueule défaite. La défaite.
Elle est poisson et rêve d'océans, sirène noyée dans les rets de la réalité, elle tend les bras aux îles sous le vent, mais ses cheveux d'encre la tâchent au fond. Elle est sans envie, sans courage, sous-marine, elle regarde passer les nuages. Elle peut bien pleurer. On ne voit jamais les poissons pleurer.