Bien sûr que non petit frère, tu ne comprends pas. Comment tu comprendrais, tes mains sont vides et tes poings se serrent en vain. Les siennes sont ballantes, elle n'a jamais tendu la main, jamais, trop fière, tu crois ?

Non. Elle n'est pas fière, mais comment tu saurais ça, toi ? Elle est trop petite, c'est tout. Celle qu'on laisse en arrière parce qu'elle marche à rebours, les mouches qui passent, tu sais, les anges au bord des chemins, les ailes en guenilles et les yeux perdus dans le vide.

Et ses rêves qui l'emmènent, encore, et cette terre, cette île, ce je ne sais où, jamais trouvé. Les pas perdus, toujours, les pas tout court. Les planètes inaccessibles. Dans le désert, il y a des renards, des serpents, et l'étoile polaire.

Elle a marché au nord, toujours, au froid, comment veux-tu, elle ne s'y est jamais retrouvée, elle ne sait pas où elle est, elle a donné sa langue au chat, tu sais, le chat qui mord, le chat qui dort dans ses bras. Qu'est-ce qui est pis, dis, perdre sa langue ou perdre son chat ?

Elle est perdue, mais personne ne la cherche, c'est elle. C'est elle qui se cherche, la folle, mais rien à faire, personne ne la trouve. Personne ne la voit. Alors elle se dit qu'elle va partir, pour de bon, trouver un ailleurs, quelque part où se jeter, s'oublier. Elle voudrait se dissoudre, disparaître, mais c'est pas comme ça.

C'est comme ça qu'elle s'est mise à suivre ton pas. C'est comme ça qu'elle s'est accrochée derrière toi, comme une vieille casserole éculée. Faut pas. Faut pas la garder, elle est folle, vieille folle, ses faux pas sont décomptés, vieille cloche, faut pas l'écouter.

Elle flanche. Elle plombe. Elle tombe. Faut la détacher, elle est pas d'ici tu vois, cherche pas à comprendre, il n'y a rien à saisir, rien à faire.

Passe ton pas.