Tu ne sauras rien de plus que ce que je pose là, charge à toi de tout démêler. Tout est vrai, mais méfie-toi quand même, on se voit rarement et même à travers l’objectif, je sais enjoliver sans rien changer, ou à peine. Si peu que moi-même je ne me rends pas toujours compte. Il faut bien se supporter.

J’aurai cinquante ans dans quelques jours, c’est la chose la plus incongrue qui pouvait jamais m’arriver. Cinquante ans, soit vingt ans et vingt kilos de trop. J’ai le cheveu rouge depuis que j’ai remarqué que ça éclaire mon regard bleu. Le bleu ne sied pas aux blondes, la nature fait de ces fautes de goût que la banalité nous laisse oublier, je l’ai corrigée.

Je ne sais pas ce que je ferai dans quelques jours, je ne sais même pas où je serai. Ici, peut-être, ou au bord d’un bleu, va savoir, cinquante ans, ça donne envie de se jeter. Ici, ce n’est pas le bon endroit. Il faut de l’espace, pour prendre son vol, c’est logique. Et le vent, le bruissement des vagues, le cri moqueur des mouettes, l’encouragement de la rieuse.

Je suis fatiguée. C’est une fatigue ancienne et qui jamais ne s’est lassée de m’accompagner. Elle me fait le pas lourd, et triste, mais je sais le cacher. Je me pousse en chantant alors on me croit gaie, certains m’ont même dit que j’étais lumineuse. Les cons, s’ils savaient. Je n’ai de force que pour les autres. Certains autres. Un peu de force.

J’ai quatre téléphones qui ne sonnent plus jamais. Je vis en ermite dans la mansarde de mes chats. Elle ne nous appartient pas. J’appelle rarement, les gens quand j’aime, quand je ne sais plus d’autre façon d'avoir de leurs nouvelles. C’est très simple de m’anéantir, il suffit de ne pas répondre. Il suffit de m’oublier, ou seulement d’en avoir l’air. C’est sans importance. L’écriture est un miroir déformant, on n’y voit jamais rien, mieux vaut le marc de café ou une boule de cristal.

C’est toujours sous la douche que me viennent les premiers mots. En ce moment ils vont trop vite, je n’arrive pas à les fixer. Parfois ils ne viennent plus, restent plombs au fond de moi. Parfois ils se posent juste au bon rythme, pour un peu je croirais que c’est moi qui les choisis. On ne choisit jamais ce qu’on est.

J’ai toujours eu le goût d’écrire, mais je n’ai désespérément rien à dire.

Je suis bavarde comme une pie.

Je me tais.

Je suis broyée.