Je voudrais juste me poser là et attendre, même pas attendre, juste ne rien faire, juste être. Impression qu'à force de patience et d'immobilité, je finirai par retrouver la paix des pages lues, l'envie de sortir, de promener mon museau aux intempéries, au temps qui pleure et qui rit, mars oblige. Impression que ce qui était moi est encore là, enfoui sous les toiles embrouillées de nos vies bousculées.

Ne plus se laisser bousculer. Je voudrais juste partir, droit devant, les mains dans les poches et le sourire aux lèvres. Marcher au hasard, me poser n'importe où, sur un banc, sur un coin de trottoir. C'est comme une machine rouillée qui redémarre. Te marre pas, tu connais la rouille aussi bien que moi, et le mal que ça fait quand on force les articulations bloquées à grincer dans l'huile.

Ne plus bouger, décoincer la bulle, comme si… Comme si un autre monde était possible, une autre vie. Parfois, on y croirait, aux lendemains qui respirent, on ne sait pas pourquoi, l'enclume s'allège, rien ne change mais l'innommable devient supportable, l'angle des obtus s'ouvre à l'aigu, quelque chose pointe en jaune et vert, pastels vifs dans l'air adouci.

Il y a un endroit. Il y a un endroit aux couleurs exactes, un endroit où revivre, où partir, peu importe, un endroit où arriver. Il y a un endroit où s'asseoir pour respirer. Un endroit pour le vent et les fleurs des sables, frais, un endroit où la mer berce au rythme exact de nos pouls affolés le fil du temps qui s'écoule.

Un endroit où je rêvais de t'amener.

J'irai seule.