Pas d'amour, en avant
Par Ginette Fanfiole le dimanche 21 mars 2010, 08:10 - Idées noires - Lien permanent

Le temps imprime sa marque au fer rouge dans la poussière et le souffle de tes prochains efface tout sur ton passage. La vie ne repasse pas les plats, ni pleins ni déliés, ce qui est gravé dans la poussière ne revient jamais. Tu es gris, tu n'es rien, avoir été pour n'être plus. Rien.
Pourtant le silence bat, le silence pulse, l'art taire explose et expulse ses cris. Etonnante obstination de la vie qui s'entête, sans en tête la moindre ouverture, à quoi bon forcer le pas. Demain viendra, demain est là.
Demain est derrière toi, et ce qui change, le monde autour. Les lendemains déchantent mais dans les landes enchantées des miroirs magnétiques, tu ne vieillis pas. Tu te fatigues, c'est tout, toujours les mêmes lames, toujours le même soleil qui ne brille pas pour toi, le soleil déteint au couchant en sang versé au tapis de la nuit souveraine et qui dicte ses lois.
Je m'endors, maintenant, je mens. Dors, meunier, cesse de moudre ton grain, au petit matin c'est toi qui sera moulu, et la folie qui te leste et t'éclaire, ta folie s'abattra sur toi en oiseau de malheur. Ecrasé, bête hébétée, tu tituberas ta vie, le foie confit, des becs dans l'œil, les becs tranquilles des corneilles qui saignent ta lumière.
La nuit nous plombe et goudronne nos ailes, le sommeil sans rêve, les visions hallucinées, c'est pareil. Au petit matin ça saigne, les combattants comptent leurs mots et pensent leurs blessures, le petit jour ramène les idées noires en fanfare, et le trait chaque jour plus précis, le dessin se révèle, l'évidence, l'urgence du dernier départ.
Rien ne retient rien, que la fatigue qui épingle là les papillons de nuit, le grand jour brûle leurs ailes, le vent les plaque au sol. Demain, demain peut-être. Demain, tu crois ? Le jour qui impose sa cadence le martèle, demain ou après, un jour. Un jour viendra la nuit. La vraie.
Trêve sans rêve, où tu vas, dis ? Où on va ?