Etre poète c'est être vivant et je suis morte. Les mots morts, le mur fermé, je le longe en rond et de l'intérieur. Le mur sans ouverture, le ciel en haut, comme un puits à l'envers, dans lequel je ne peux pas me jeter.

A quoi bon. Dire une fois de plus la désespérance, et l'inaccessible rêve de se jeter en haut, s'envoyer en l'air pour disparaître dans les azurs désabusés, se fondre dans les paysages impénétrables ?

Pour quoi faire ? Mais si rien ne se peut, creuser. Creuser avec les ongles, avec les dents, un sol de pierre, dur à cœur ?

Quoi faire ? Quoi d'autre que se jeter la tête au mur, au sol, au dur, oublier d'être, un peu, se reposer de soi. Quoi d'autre que se balancer, d'avant en arrière, que se tourner la tête, juste pour ne plus s'y voir, juste pour ne plus voir qu'il n'y a rien à voir.

Prier ? Au moins, crier ?

Crier ? Crier sans doute, crier, c'est ce qu'il faudrait faire. Je ne peux pas. Parler, je peux, écrire, décrire mes chaînes et en faire des bijoux, parfois, pour passer le temps, ciseler ses entraves, graver les boulets qui me retiennent de vivre, souffler des bulles, de savon ou de plomb, je peux.

Crier je ne peux pas. Etre poète c'est crier et crier je ne sais pas. Crier sa rage, à l'injustice, à l'absurdité, à l'indifférence des roues qui tournent et nous entraînent, brûler poussière au firmament, allumer vérités comme étincelles. Je n'ai que pacotille et la souffrance d'être moi. La vérité entre mes mains s'évanouit, les vérités m'échappent et je suis enfermée.

Je me tais. Je cherche un puits dans mon désert. Pas pour m'y abreuver. Un puits à l'endroit, pour m'y jeter.