Les deux bras sur la margelle du puits, c'est ainsi qu'elle voit le monde, qu'elle l'observe, en ses abris, de loin, elle surveille ses arrières. Au fond des choses, tout au fond, c'est la mort qu'elle voit.

Les deux bras sur la margelle, au bout de la lorgnette, des reflets. Le monde au fond et à l'envers, assigné à un cercle, enfermé dans une bulle. Qu'elle se penche un peu elle s'y voit, elle s'y croirait, l'illusion parfois la prend, elle y croit.

Au bord du monde, enracinée comme arbre au bord du puits, rivée. Ses racines au trou la condamnent, regarder passer, toujours. Les liens les plus serrés l'empêchent, elle est à l'écrou, vissée, ses mouvements sont comptés, c'est le vent qui l'anime, et quand les vents sont tombés elle n'est plus que regard.

Les deux bras sur la margelle, nostalgique d'un espace qu'elle ne saura jamais, elle se perd dans les fonds et la pluie qui la mouille la fait frémir. Elle tremble pour un oui, pour un nom, pour une averse qui la fouette, pour un rayon qui l'assèche, elle souffre comme souffre une plante, en silence.

A vide elle tend ses rameaux, ses branches mortes loin d'elle, bois sec pour l'ultime flambée ou bourgeonnantes une fois encore ? Le printemps le dira, s'il revient. Le gel l'a raidie, elle est dure et cassante, elle est cassée. Avide elle attend, mais l'espoir s'effile.

Parfois il est trop tard.

Il est trop tard.