Chat dans la gorge
Par Ginette Fanfiole le jeudi 11 mars 2010, 19:53 - Instants en instance - Lien permanent

C’est le petit matin et ma vie me fait mal, sans raison. C’est l’araison. Ce sans versé au décompte de mes inaptitudes et incompétences, tares et retards. Ma vie me fait mal dans le gris perle du jour presque levé, comme tous les jours, et le réveil sonne sur mon désert la charge de mes condamnations.
Et puisque décidément je ne comprends rien à rien ni à personne, j’ai perdu mes derniers interlocuteurs, l’interloquée, c’est moi, qui reste là bouche bée à bâiller sans corneilles. Je ne sais pas. Je vais peut-être prendre un appartement avec concierge ? Ici n’y a qu’un escalier pas habité, pas de pas pesants qui descendent et qui montent, le silence.
C’est au petit matin, c’est au petit jour que l’écharpe se resserre sur mes barbelés. J’ai dû en avaler des rouleaux entiers, pour me protéger de quoi ?
C’est le petit jour et j’ai envie de me jeter, de tout recracher, une bonne fois pour toutes, mais le chat miaule. Un chat qui miaule, comme dans la chanson. Qui c’est qui s’en occupera, de cette saleté qui griffe et qui mord, hein, qui c’est qui le nourrira, qui c’est qui lui grattera le cou, si je casse ?
Il n’y a que moi pour tolérer des sales bêtes comme ça. Il est là, à côté, il attend, et je lui en veux de me retenir ici quand je ne rêve que de liberté. La liberté, la mienne, de l’autre côté du miroir, et j’aurai la peau de toutes les reines de cœur quand j’aurai traversé.
Les reines de cœur se le dessinent en blason, parce que de cœur et d’âme, elles n’ont pas. Juste des rivalités imbéciles, de la commisération, cette pitié arrogante qui me fait fuir au premier mot de fausse compassion. Il n’y a ni haut ni bas, mais ça ne les empêche pas de piétiner ce qui les gêne, avec tant de grâce dans la cruauté qu’on pourrait en faire des ballets.
Je déparle. Je déparle parce que c’est le matin, et que les premiers chants des petits oiseaux ne m’inspirent que désarroi et désespoir. J’ai beau prendre des cours et m’appliquer, je ne chanterai jamais tout à fait. J’ai dans la gorge quelque chose d’abîmé et qui ne permet plus.
C’est le matin et ma vie me fait mal comme il n’est pas permis. Je ne supporte que le soir et les chats, gris et noirs.