C'est vide, là-dedans. Vide. Creux comme arbre mort, c'est mort. Bien sûr, reste le cœur qui donne le rythme, en silence, et le souffle s'obstine, mais c'est mort. Si vivre c'est le chaud et le fort, c'est mort. Si vivre c'est être à venir, encore, c'est mort. Si vivre c'est remuer, muer, changer, si vivre c'est devenir, c'est mort je te dis. C'est cuit.

Reste juste un petit coin qui bouge encore, tiède et rouge, qui palpite et qui bat, qui crie de moins en moins fort. T'inquiète pas. Ça mord pas, ça meurt. La lumière dans l'œil, un reflet, la vie autour, si, la vie autour, les vautours alentour, et sa viande tiède, les coups de bec. Elle a parfois un soubresaut, la viande, réflexe sans conscience. Les secousses n'éveillent plus ses yeux vides, grands ouverts sur un néant tranquille qu'ils ne regardent plus.

Où elle est tombée, elle ne sait plus rien, ni d'elle, ni du monde. Que saurait-elle du monde quand elle n'existe plus ?