Ophélie jetée au lit. Ophélie à son cours, en nage, Ophélie vaincue, le fleuve est hors d'âge et son lit asséché. Son regard aux étoiles déchiré, les dernières larmes, ses cils ne seront pas flot, faut pas pousser. Un dernier soupir à ses lèvres, et l'éternité en ciel infini sur sa tête étiré, en froid. Froids les derniers pans d'immensité, les dieux hilares l'éludent.

Ophélie a fui, les fleuves se sont noyés, l'éther déployé, entêtant, les murmures sidérés des univers vidés. Ophélie au lit de pierre affaissée, face contre terre, l'éther la brûle et l'atterre, et la boucle est bouclée. Spirale absurde du temps qui tourne sur lui-même, qui l'entirebouchonne et l'aspire en abîme, l'apnée en paix déguisée, la chevelure de Bérénice pour tout filet.

Elle tombe à l'envers, absorbée, les herbes des rives ne retiennent plus rien, les reflets hors miroir prennent leur indépendance et projettent la vie en un tour de main. La vis tourne comme la roue, écartelée elle s'en remet à ses brodequins préférés. Ce qui la rassemble la broie, ce qui la délivre la déchire, les temps sont mensongers, les pendus jamais à l'heure pour se ballader. Le fil de l'eau ne rase plus gratis, le lit est vide, désormais, il faut vivre.

Elle s'étale de son début à la fin de ses temps, elle s'épand mollement, sans témoin, cachée des étoiles et tous soleils éteints. Sa vie en nuit noire glisse sur les aspérités, reliefs d'un monde sibyllin. Son ombre détachée d'elle ne la suit ni ne la précède, son ombre absorbée dans l'obscurité tiède des familiarités retranchées. Elle se cache en voile diffus sur l'envers des décors ou dans la lumière des phares, c'est pareil. L'ombre d'elle même s'éclaire comme elle s'éteint, l'ombre, c'est elle.

Elle s'effiloche en lambeaux dans le vent qui va, dans le vent qui vient, elle se déchire en bribes décousues, recousues, épinglées à vif dans sa peau à petits points, à petits pas, à portée de la bourrasque qui la disloque. Elle court à la poursuite de ces parts d'elle éparpillées, de ses plumes arrachées, elle perd ses plumes comme elle perd ses mots, chaque syllabe extirpée à grand peine de son gosier étranglé.

Un nœud à l'écharpe, sans doute, trop serré, l'arc-en-ciel en échappée, noué à son cou en collier. Echarpée de vif, colorée de ses rêves crevés, ne plus dormir, ne pas rêver. Les yeux fermés, les regards détournés. Quelques mots tirés dans le dos, l'air de rien.

L'air lui manque.