Le dernier fil cassé, elle rompue et la dérive, c'est sans importance. L'ancre jetée par dessus bord, sans chaîne, et les vents inutiles dans ses voiles déchirées, ni courants, ni tempêtes, ni alizés, le sable, l'envers du décor. La face cachée des lunes et leurs mers froides, la nuit, toujours, la longue nuit polaire. A la hune, la pie au nid jette un cri dérisoire, le navire fracassé sur la banquise, débris ballottés, soupir résigné. La mouette, elle est gauloise, rit, et la vache regarde passer le tramway sans désir.

Elle se naufrage comme on s'enrage, dans le vide, pour rien, la plume vole mais les parchemins ont brûlé, les bibliothèques sont vidées, tout se tait. Les gardiens des phares ont jeté les éponges, lavé le ciel de ses étoiles, les rats ont rongé les derniers cordages, les amarrages sont défaits, à l'abordage, plus personne. Le ciel et les astres, là-haut, et s'éteignent les dernières lueurs qui l'atteignent.

Tout se dérobe, les rôdeurs se font rares, les raideurs la désarticulent et l'essoufflent, elle couine comme une machine rouillée, forcée, elle craque comme une vieille charpente sur le point de s'effondrer. Les rêves grincent comme elle se fige, elle s'enkyste, froid par-dessus tête, les rêves grincent et la raillent, goguenards. Elle s'abandonne puisque tout lui échappe, ses yeux absorbent le flot qui la secoue, en bleus et en vers, en reflets sous verre et contre tout.

Ses yeux. Le regard diffus qu'elle laisse divaguer sur les choses, impuissant, désabusé, le dernier fil de l'araignée, qui la tombe à la verticale, sa chute arrimée, un souvenir d'elle fixé quelque part au-dessus de la mêlée. Souvenir enfermé comme dans une boule de verre, de celles qu'on secoue pour qu'il neige. Elle n'est que regard, ne reste plus d'elle que deux éclats de verre, faux saphirs, un rayon bleuté dans l'atmosphère, qui se trouble et vrille quand l'encre se mouille.