La vie sans projecteur, sans mise en scène, la vie sans, la vie seulement, impossible ? Se tenir droit sous les étoiles et sous la pluie, se tenir droit sous l'éclaircie, se tenir droit, ça ne se peut pas ? La vie sans se montrer, la vie sans se cacher, la vie sans recul et sans a priori ? La vie, sans y penser, la vie de plain-pied. La vie du chat, la vie du lierre, entêtée, sans histoire et sans renommer, tambours crevés et trompettes débouchées.

C'est juste un rêve d'évasion, c'est juste un rêve éveillé. Juste l'absurdité de la beauté qui afflue, de toute sa force, s'épand, s'épanche, se répand , me submerge et déborde. Juste un regard qui penche, tangue et défaille, se heurte à la réalité du mur d'en face, aux volets tirés. La lumière dans l'impasse cherche les interstices, ricoche sur l'hermétisme.

La mort rôde, et tu le sais, en vérité la mort rôde et son parfum de sous-bois, et tu mises sur l'éternité. Fou, à délier, à désenfermer, démailler la peur qui nous emmaillote comme enfants au sein. Libérer le dessin d'un monde sans dessein, sans destin, détailler le dessin d'un monde sans histoire comme une histoire sans fin.

Le chat a l'œil sur la lucarne, les flocons dansent et s'obscurcit la mansarde, de cette obscurité blanche qui diffuse des fenêtres givrées. Lumière masquée, le froid alourdit le pas, tire la jambe. Le pied du vers enterré. La lumière réfractée passe son chemin, plus vite, plus loin.

Les pendules arrêtées dans l'œil du chat qui luit, la pénombre enluminée. Sa paupière se ferme et la nuit devient paix. Le chat dort, tu veilles et je vieillis ; ce qui fait mystère, orgueil et vanité.

L'œil du chat comme un chemin où poser le pied, son regard comme une énigme à résoudre, le labyrinthe et Möbius, le dedans et le dehors confondus. Perte d'inconscience, le monde à perte de vue, le son et l'odeur, les cinq sens en directions à suivre, sans rétroviseur. Les histoires de pommes, les paumes et les paumés, les repères, balayés. L'ignorance acceptée, le silence fécondé, la mouvance revenue.

Foutaises. C'est juste un rêve éraillé, à rayer.