Réfugiée entre les quatre murs gris de l'ennui, enfermée, des souris, des hommes et Algernon, qui pleure sa bêtise. Ceux qui la toisent de leur importance imbécile, tout gonflés de sûreté et de suffisance, l'effacent d'un revers de manche, indifférents, l'indiffèrent. Elle a trop vu d'inconsistances qui se croyaient éminences, elle est grise et insuffisante.

Insuffisante. Le juste mot pour le juste prix de ses incompétences. Infoutue d'être comprise, exclue et recluse, inerte et dolente, sans attente. Ses lendemains gris dans le coton sale, ce coton sale des couvertures jamais changées, ses deux bras sur la tête, repliés en protection animale.

Et pourtant. Quand elle sort, lumineuse dans l'univers triste et régenté qui la rejette, déjantée, elle est, triomphante, majestueuse, elle a la maîtrise des humbles, le silence qui la porte la rend invincible, elle n'a peur de rien, de quoi aurait-elle peur encore ? Le défi dans le regard, et l'insolence de ceux qui n'ont rien à perdre, la force de ceux qui se résignent, elle est invaincue, invincible, revanche de son insignifiance, fruit de ses heures solitaires.

Elle est tourbe et elle le sait, ce cœur qui brûle, c'est le sien, elle ne saura jamais rien de plus que brûler, elle est feu et elle est cendre. A force de n'être rien, tout lui est intime, elle sait tout de tout, avec le vent elle entre partout, elle plane, elle vole, elle tombe, poussière.

L'incohérence, c'est elle, entre chaud et froid, elle oscille, entre ombre et lumière, le soleil et la lune, égaux, sereins et prévisibles. Elle file dans le froid et le vide, autant de trous noirs, autant d'univers ouverts pour un monde fermé, elle cherche un sol où se poser. Une terre où marcher.