Le parvis des minuscules
Par Ginette Fanfiole le mercredi 10 février 2010, 12:50 - Anges fantasques - Lien permanent

Souvent elle passe me voir, on cause. L'eau chaude la débusque presque à coup sûr à l'envers de mes idées. Je sors de la douche et je pleure.
Elle m'accompagne. J'ai compté le rose et le bleu, j'ai écrit ma lettre de cachets. Au petit malheur, à la petite semaine, au petit pied, elle me pousse de l'épaule, en me disant c'est l'heure.
Je temporise. Pourquoi je ne sais, je la repousse aux lendemains, je lui donne rendez-vous, dans un mois, dans une semaine, c'est pareil. Dans une heure même. Un rendez-vous à oublier, pour la paix de l'esprit. Un peu de quiétude dans le désespoir, ça se paie le prix.
Elle me cause. Elle m'a dessiné tous mes à venir en cul de sac, toutes mes sentences prononcées. Elle m'a dit, choisis.
Les yeux bandés traverser en trombe le miroir, s'ouvrir les veines sur les tessons et saigner rouge le sang empoisonné, saigner l'immonde, et mourir pure. Libérée.
Anesthésier ses mauvaises rengaines, et stopper là le flot de mauvais français. Endormir par surprise ou par inadvertance les derniers espoirs, fermer le poing sur l'illusoire.
Tendre au clou la main, pour le spectacle, mourir en artiste et en public, l'air de rien. Se fendre d'un pas de deux au fil du funambule, au troisième s'écraser, au parvis des minuscules, escamoter son âme, au nez et à la barbe.
Mimer, comme le voisin. C'est facile, d'être mort, suffit de faire semblant, suffit de ne plus bouger pendant assez longtemps.