Son cœur de métal se serre qui lui broie la poitrine et elle saigne du plomb. Elle se répand au dedans d'elle et s'alourdit et s'enfonce. Ce qui la leste elle ne sait pas, elle s'enfonce. Le temps l'effeuille sans que les pages se tournent, elle est au même chapitre, résolument, et tout ce qui l'en éloigne l'y ramène.

De son naufrage rien ne sourd au dehors, son œil paisible ne se dérobe pas, elle ne se débat pas, au fond du désespoir il n'y a rien à débattre comme il n'y a rien à faire et personne à atteindre. Elle a lâché prise et laissé tomber le mât déglingué, inutile, de ses errances. Les voiles déchirées ne prennent pas les vents, elle ne s'échoue pas, elle divague comme elle déraisonne, déboussolée.

Elle se replie, épave brisée, sur ses débris, mais la tempête est au-dedans et les secousses craquent sa carcasse. Fractures, fétus, esquilles, échardes, dans sa chair inerte. Elle est dans le courant comme une épave en dérive, et qui ne va plus nulle part, et pour qui ni pluie ni marées, ni lunes ni étoiles, ne peuvent rien.

Elle est en dérive et sans prise, et le flot la défait et l'éparpille un peu plus à chaque vague, chaque souffle, de vent, de vie. Même la vie la meurt, maintenant, mais elle ne meurt pas, et son enfer est dérisoire, son enfer, être là, son enfer sans cerbère, sans repos, sans pardon. Son enfer humide et froid, et le sel sur les plaies qui brûle quand même.

Ses larmes rivées sur la lumière des phares, aveugle et aveuglante, et son âme flottante, révoltée et confite dans son impuissance, le mauvais temps qui dure, au dedans, le soleil ne brille que pour les autres. Les noyées aux cheveux d'algues qui la tirent aux pieds elle les hait. Aussi sûr qu'elle n'est plus qu'une morte en sursis et qui n'attend plus rien, aussi sûr la vie s'obstine et la torture, qui lui fait miroiter à la surface de ses eaux froides la chaleur d'étoiles lointaines et inaccessibles. L'espoir la ravage bien plus sûrement que ses cauchemars.

Elle ne veut plus rêver, jamais.