Entre nous, juste toi et moi, c'est déjà trop, et les fantômes autour secouent des chaînes qui ne nous appartiennent pas. Qui nous tiennent en irrespect. De toi à moi, c'est déjà trop, les liens et l'odeur de brûlé, le fond de la casserole attache, cette vieille casserole dans laquelle les singes n'apprennent plus à faire les grimaces.

Ce qui brûle entre nous, le bât qui blesse, le torchon sale, qu'on n'en parle plus, ça n'aurait jamais dû. La fumée noire des combustions lentes ne nous concerne pas. D'eux à nous c'est sans importance, on ne met pas tous ses eux dans le même panier, on n'arrache pas les elles des anges comme on arrache les ailes des mouches, et passe l'ange quand la mouche se tait.

Les loups lâchés, qu'on les dé-laisse et qu'on les laisse. Les loups en cage, en rage, en nage, qu'on les laisse respirer. Qu'on les laisse hurler sous la lune, et les chiens les mettent en pièces. Entre chien et loup, dans l'obscurité naissante, entre deux eaux, entre deux vins, arrimer ce qui flotte et part en dérive, Jules n'a pas changé, moi non plus.

Je ne suis pas celle que vous croyez, je ne suis pas selle. Je suis la naïve dans la gueule des loups, tous les fils de jungle ne sont pas gris comme chats. La flamme craque dans la nuit claire, secrète, il ne fallait rien braire, il fallait taire, mister. Le feu sans fumée, la flamme pas encore étouffée.

Entre nous non-dit, trop dit, trop plein, entre nous, à vue de nez ça irait mieux il me semble. Flairer le phénomène, se rappeler la bête muette. Elle ne sait pas Philomène, elle sait qu'elle sait, elle ne sait pas ce qu'elle sait, elle sait qu'elle est là sans savoir. Juste elle regarde, juste elle, la lumière noire de son regard, et les yeux des loups dans la nuit.

Quand les loups mordent ou qu'ils fuient, elle, immobile et patiente, attend, longtemps. Le temps qu'il faut pour caresser la gueule d'un vieux loup des amers, sa gueule blanchie dans sa main. Plonger son visage dans la fourrure épaisse. A défaut d'un gardien de phare, un gardien de gare à toi, un gardien d'égards, un gardien de tour et ne plus prendre garde.

Ne plus prendre garde, ne plus prendre gare. Rester, pour une fois. Elle a tant attendu qu'elle peut bien attendre encore, attendre sans rien attendre, attendre dans le vague, au hasard, à tendre ses filets elle n'a pris que maquereaux, parfois groseilles, toujours rejetés.

Les bras ballants et le nez au vent, respirer le sel de l'histoire, naufrager le nautonier. Bien droite sur la balancelle, cheveux défaits et sirènes hurlantes alentour. De la déferlante qui suffoque, de la vague qui roule, jaillir, de l'amer triomphante, en criant pour une fois sa joie et sa victoire sur l'effroi.