Ça tombe dru et lent, froid, ça l'envahit, ça la remplit. Elle est lourde de tant de légèreté, le néant, l'a-sensé, l'absurde posé là, comme un vieux sac plastique à la surface des eaux, et les poissons morts ventre en l'air, baudruches crevées, les ouïes prises au piège des rêves en dérive.

Elle flotte là sans savoir, sans plus voir, ça clapote nauséabond, ça divague à l'ordure, quelque chose d'elle s'est détaché, un bout de banquise indifférent au réchauffement, quelque chose au dedans comme un plomb fondu, elle est flasque, elle est flaque, elle dévit sans dévier, comme une mayonnaise qui se défait, à l'évier.

Le froid l'a broyée, le chaud la ferait tourner, tout est à jeter. Elle est là et elle n'y est plus, l'éternité lui pèse, le temps n'en finit plus de rajouter du silence au silence, de l'absence à l'absence, du vide au vide. Du rien au grand tout, et sa prison en terre étrangère. La brûlure des sucs qui la rongent, la lente désagrégation des ses chers, le non-être pour essence, et la conscience à vif de son inexistence, la hantise pesante de ses pas inutiles. Le souvenir de ce qu'elle ne sera pas.

Sur sa ligne de mire la fin de la souffrance. Un dernier regard autour d'elle, circulaire, où qu'elle soit le même constat, elle n'est pas d'ici, pas d'ici, pas d'ici. Elle peut crier, elle peut se taire, elle peut se permettre n'importe quoi, elle n'y est pas. Quoi qu'elle fasse ou pas, l'inertie l'absorbe et plus elle s'agite, plus elle la nourrit. Digérée vive par un monde qui l'ignore.

Elle travaille à son final, il commence à être au point. Au petit poil. Elle en brode avec précision les épisodes comme on déroule son fil sur la toile, elle se raconte la fin de l'histoire, en boucles et en détails. Elle a moins mal. En ligne de mire l'absolu, la fin des mésententes et des mal entendus, on ne l'y méprendra plus.

Elle travaille le saut de l'ange, la traversée du miroir. Faire voler en éclats sa surface froide et lisse, briser la glace comme on rentre chez soi, se jeter de l'autre côté, de tout son corps, de tout son poids, partir enfin et enfin arriver.