L'aurore a encore les doigts pleins de charbon et le café noir ne lave pas l'affront. Le sommeil se tire dans la nuit froide, mes jours se lèvent avant l'heure, la machine à concasser a encore guillotiné ma nuit, les idées noires ont toute la place pour leur vol d'ennui.

Je n'ai plus de repère que la spirale sombre qui m'enserre et m'enferme et m'entraîne, au fond. Vol de nuit. Rendez-moi Morphée, le sang de plomb va se venger toute la journée. Pas de dépôt de plainte, pas de constat d'huissier. Juste le vertige et la pulsation des flux enfermés.

Ce qui vacille et tangue, je ne sais pas, ce qui se déchire doucement, comme une page détachée d'un cahier à spirale, et mon âme au souffle accrochée, mystère et bulle de savon, ça m'échappe, ça me glisse entre les mains, et mes yeux sans ciller, pour regarder.

Dans le soleil, regarder danser les bulles et mon œil éraillé, ça m'envague au dedans, sans raison, ça flotte en arc, le ciel au-dessus, le voile de brume et la lumière réconciliés. Je ne sais rien des airs déliés qui m'emportent.

Mystère et boule de neige, ça scintille comme dans un dessin animé, cristaux de glace et magie en suspens. Je ne sais rien de ce qui passe, les printemps oubliés, les étés brûlés, les automnes désolés et mon hiver ridé. Comme la surface d'un lac, les eaux troublées.

Envie de s'enfouir, de s'étirer, pas renvoyer la balle, l'arrêter.  Partir avec rien, partir loin et le vent dans le nez, ivre jusqu'à voler, passer.