Des juges et des partis. Pauvres mecs et leurs sexes comme des harpons. Elle a froid et elle pleure, elle pelure, le froid ne la prend pas au ventre. Le froid en paillettes membre à membre l'écartèle, et l'écœure.

Des juges qui la déjugent, de quel droit, de quelle science ? Le froid la pétrifie et le givre la broie. En silence et en blanc. La meule est de glace et elle est dedans, elle est pierre et elle crisse et ses larmes poudroient. Sœur Anne ne larmoie pas, que Barbe Bleue la brise, elle s'en fout.

Vos sexes de glace ancrés au ventre des tendres, le miel ensanglanté. Vos sexes en pics armés au cœur des fées défaites. Papillons épinglés au froid dur des banquises, et leurs ailes déchirées dans vos bises glacées, les elles et les souvenirs d'avoir été, les elles brisées.

Elle n'a plus le courage. Le silence est trop lourd, trop épais, trop dense, ce qu'elle regarde ne la voit pas. L'espace est trop vaste, verglace, trop coupant le vent qui souffle sur ses doigts.

Elle s'est posée en rond, comme font les chats, elle attend que le temps la recouvre, blanche et neige, désuète. De sa prison de glace, elle attend l'inconscience, l'inconscience ne vient pas.

Le monde tourne autour d'elle, lent et lourd, et elle le regarde, et ce qu'elle regarde ne la voit pas. Aveuglée par les flocons en bourrasque, durcie par le gel, l'hiver la craque depuis trop longtemps.

Elle n'a plus de courage. Elle s'est arrêtée là. En suspens dans le temps qui passe pour rien, elle rêve d'étangs profonds, de lacs gelés, de réconfort obscur au noir et au sûr. Le noir qui toujours rassure.