Sans titre
Par Ginette Fanfiole le jeudi 31 décembre 2009, 10:42 - Narcisse en abîme - Lien permanent

Je suis dans le flot et jamais dissoute, ou une pierre au bord de l'eau, sous un saule. C'est le saule qui pleure et me mouille, ses larmes qui me façonnent, goutte à goutte, au fil du temps qui me creuse et lisse. Juste une pierre sous les larmes du temps qui pleure.
Une ombre dans le gris des jours et qui se fond, l'ombre d'une pierre sous la lune. Parce que la lune est ronde, la pierre roule. Un caillou comme tant d'autres aux croisées des chemins, qui tant attend qu'il n'attend rien. Un caillou à l'œil clair dans l'œil de son voisin, et qui aime ce qu'il aime.
Un caillou et un cœur qui bat. Un caillou qui palpite au sombre et en cachette, pour ne pas finir dans le lance-pierre du premier chasseur de rêves venu. Le cœur d'une mauviette dans un corps de glaise, pesant et gauche, l'âme trop légère dans le vent des jours, qui flotte au-dessus de sa pierre comme baudruche au bout d'une ficelle.
La ficelle dans le poing de personne, la ficelle accrochée à une branche de passage, comme un lambeau de temps qui dépasse. Elle est pierre et son ombre est lourde dans la lumière, les ombres sont trop lourdes, elle s'efface, comme brume se défait, aux rayons du soleil. Elle s'évapore comme on se disloque, elle disparaît.
Elle file en étoile dans le silence et le vide, elle brille et s'éteint, une pierre a brûlé. La pierre brûle comme la pierre crie, la route et elle dessus en pavé, et les pas. Les pas des oubliés. Les pas des fantômes sur sa peau, les souffles froids des morts vivants, les oubliés réfugiés. Les revenants et leurs boulets, déchirés.
Elle aime ce qu'elle aime, c'est comme ça, ni à prendre, ni à laisser, elle est comme elle est, on n'est que ce qu'on naît. Elle aime les disparus et les chiens sans collier, elle aime les chiens sur la route, le bruit de leurs pattes dans la nuit moite, leur cris de souffrance et de rage. Elle aime le sauvage et l'orage, de loin.
Des lames qui la traversent et la saignent elle ne sait rien. Rien que ce qui durcit au-dedans d'elle, ce qui se raidit, ce qui s'indiffère, et le faux cynisme qui l'éraille, et elle devient une autre, froide, sans intérêts, elle devient une autre qui ne crie pas, qui ne pleure pas, coite et raide, une autre qui la tient droite.