Solstice d'hiver
Par Ginette Fanfiole le mardi 29 décembre 2009, 10:30 - Mots d'absence - Lien permanent
Le solstice a dit verre, j'ai froid. Donne-moi à boire mon camarade, saoule-moi, nous irons en pairs nous poser sur un banc et raconter nos vies envers sur envers, à la cloche de bois, nous déménagerons nos mauvaises humeurs, j'ai failli naître à l'égout, tu sais, on ne perd jamais le dégoût de ça.
La candeur est un vice amer, je vide le calice à tes amours défaites et je grimace à la lune nouvelle. Le soleil est levé, déjà, j'ai dormi. Dans le froid et l'hiver, je dors, je dors encore. C'est un tort, je sais, l'absence a toujours tort, même en filigrane, même en faux. La faux de l'absence me saigne et me jette aux sous-sols, l'absence pour défaut.
Quelle importance. Tu ne con prends pas, tu restes en tes silences comme je crie mes pieds morts, mes pieds perdus au devant de moi sur la déroute, qui avancent sans moi quand mes jambes ne me portent plus. La faux, mon ami, la faux, et l'effraie à nouveau clouée aux portes de mes granges. Je suis plouc il paraît, et je chante comme la voisine, toujours faux malgré mes efforts.
C'est ma faute, alors, ma faute si Orphée ne retrouve pas Eurydice, ma faute s'il s'est retourné, si c'est moi qu'il regardait, par-dessus son épaule, en un coup d'œil curieux, un regard sans suite, un regard d'égout, en rat, et Eurydice retranchée. Eurydice accueillie aux enfers, il ne l'y a pas suivie, faux amour, faux ami, quand on aime on suit, jusqu'au bout, jusqu'à la boue, ou on suie, et les larmes on les essuie en coulées noires sur nos joues salies.
Nos yeux charbonnent, sans éclat, le rouge est démis, nos yeux à la nage quand il faudrait resplendir et flamboyer.
