Au trouble du miroir
Par Ginette Fanfiole le lundi 28 décembre 2009, 11:39 - Anges fantasques - Lien permanent
Lucide et clairvoyante, sa vérité est dans l'absence. Le départ, il n'y a que ça, le départ. L'aller sans retour, la vie sans âge, c'était déjà pesant, la vie en retour d'âge c'est en plus indécent. C'est indécent de vieillir quand on ne vieillit pas, et puisque le pas en arrière n'est pas de mise, puisque le pas de côté n'avance pas, le pas en avant.
Pas moyen de faire autrement, si elle pouvait un peu cesser de trottiner gentiment en souris sage et dévouée à ses chats, si elle pouvait au moins accélérer le voyage, rythmer le silence, accentuer la cadence. Elle considère morose sa médiocrité et son impuissance. Aile immobile dans le grand évent, ça plane en rond et ça ne fond pas.
Fondre. Comme sur une proie. La proie c'est elle, au-delà, qu'on ne voit pas. La fin de la fuite, le cul de sac, l'insécurité en bivouac. Qu'elle se pose et on l'éclate, à coups de becs, qu'elle se montre et on l'enserre, la lacère. Mais tout l'ignore que nul ne voit, elle peut bien s'arrêter, rester là. La mort ne l'effrite pas, la mort l'affleure et prend son temps.
Sainte Innocente, bonne fête à toi. Arrête la madeleine, Marie, ça devient écœurant, tout ce thé versé, trop sucré et froid. Et le chapelier a renversé, c'est dégoûtant. Dépoisse-toi, un peu, du panache, vieille ganache, dépasse-toi.
Trop lâche, elle ne lache pas, traversée de courants d'air, frisson réprimé, sursaut en sursis, repousser, repousser loin ce qui ne repousse pas. Cachez-moi ce saint que je ne saurais voir, elle a rencontré Dieu, mais il ne le sait pas. Elle a trouvé la foi mais elle ne le dit pas, elle la lui ferait perdre. Un dieu sans foi, attablé à ses lois, l'a-justice est servie et le diable sourit.
Pour un peu, il s'attendrirait, le diable. Il rêve qu'on l'aime, et il brûle en secret ses amours en parfums soufrés sous fers. Pour un peu il l'attendrirait, le diable en ses enfers affairé à ses fourneaux. Le maudit cuisinier et qui sauce ses plats amers, ses muses étripées, épicées et compissées au mur de ses intempérances.
Pour un peu il serait une foi. Un peu, c'est pas rien.
