Corps vivant débranché
Par Ginette Fanfiole le dimanche 27 décembre 2009, 09:34 - Dans le mur - Lien permanent

La vie comme une lame sur sa peau, les lambeaux, les chairs à vif, les mouches, les vers. Les bourdonnements autour et elle nue, sans enveloppe, la coquille dissoute, le froid qui la casse par morceaux, la gangrène qui la ronge, les bandelettes putrides qui la tiennent ensemble, d'un seul tenant, quand elle se défait, bribe à bribe.
C'est la dernière poupée vaudou, et vos épingles sous la peau, le sel la brûle et dans la tête ces piqûres sans appel, qui la jettent en cri sourd au profond. Descendre de loin en loin, toujours plus bas, et n'échapper à rien. La folie ne vient pas, et ce qui la retient, elle ne sait pas. Elle pense au Christ comme au premier épinglé, sa peau trouée, le sang et la sueur, la lucidité, la peur.
Le Christ en a pris pour perpète, son père n'est pas si puissant, Dieu merci, sa médiocrité la sauvera, elle en verra le bout, ça aura une fin, on lui a promis, n'est-ce pas, la fin des temps. Elle se fout de la fin des temps, surtout pas ressusciter, une vie resucée, merci bien. Elle se contenterait de la fin du sien, et le jour se lève, encore. Cotonneux, gris et coupant comme rasoir, le rouge sang caché sous l'édredon sale du quotidien sans âme.
Sa pourriture maquillée, ses odeurs nauséabondes ravalées, le dégoût et la nausée, refoulés au fond de soi, elle est l'objet de ses propres écœurements, elle se vomit, l'immonde, c'est elle, qui se terre en bouillie molle, ses chairs pourries, son souffle fétide, le sang coagulé qui ne se répand même plus. Décomposée vive.
Le viscère en putréfaction, les tripes répandues, l'œil vitreux qui n'y voit plus. La langue rongée par les vers. Le silence la plombe au fond de ses tranchées, le silence en retrait, elle se soustrait toujours plus loin, comme on s'ampute à défaut de s'emputer. Le monde la digère vive, comme une huître avalée sans mâcher. Le lent travail des acides sur le crachat gobé.
La conscience de sa déchéance, le renoncement, l'indifférence. La tentation de répondre à l'appel de la paix. La lâcheté qui l'achète et l'arrime à son instinct de survie. C'est pas demain la veille de son grand soir, elle sursoit sans surprise, le sursaut la retient au bord du grand saut.
Dérisoire.
Commentaires
Dérisoire. Exactement.