Bis repetita
Par Ginette Fanfiole le samedi 26 décembre 2009, 09:08 - Narcisse en abîme - Lien permanent

Quand j'écris, c'est moi, bien sûr, je crie, mes mots déparlent et peignent,
c'est mon immonde, le reste je le garde. Quand tu lis, je ne sais pas. Je ne
sais pas ce que tu gardes, je ne cherche pas à être comprise, pas même être
prise en compte.
Comment veux-tu que je sache, ce qui te compte ? Je ne suis pas d'accord avec
Rimbaud, je n'est pas un autre, je est tous les autres. C'est lourd. C'est
lourd d'être si peu quand on voulait juste être soie.
Quand j'écris c'est pour moi, qu'est-ce que tu crois ? Je me débarrasse, je me
vomis, je m'épanche comme on se penche à son propre chevet, personne ne le fera
pour moi. Je répands mes humeurs, je me fous des honneurs, déshonneur encouru,
je tiens tête, placide.
Parfois le ciel me tombe sur la tête, les glands m'assomment, les charmes des
chaînes font ululer les sirènes. Je préfère le chant secret de la chouette,
l'as-tu lu ? J'ai mes coins à chouettes comme d'autres leurs coins à
champignons, je les regarde de loin, je les tais.
Je les tais comme j'étaie, parfois, à temps perdu, et je me tais. Quand on a
l'élégance mine de rien de me laisser un droit de regard, j'ai la politesse de
ne pas trahir, c'est élémentaire. J'aime ce que j'aime, je ne l'étale
pas.
Il n'y a rien à comprendre, ici, juste à se laisser porter, juste à ressentir,
la force des vagues et la température de l'eau. Je t'emmène en voyage sur
mèmère démontée, tu viens avec, ou pas.
Tu regardes de loin ou tu montes avec moi. C'est toi, qui vois.