Petite mère
Par Ginette Fanfiole le dimanche 20 décembre 2009, 23:44 - Anges fantasques - Lien permanent

Elle a le regard qui vacille, fixe pourtant, loin dedans sur sa peine immense de toute petite fille. Elle est muette comme ceux qui appellent, le petit chat est mort. Elle a le regard arrêté sur sa découverte du matin. Ceux qu'on aime osent mourir, parfois.
Elle découvre la tristesse, paisible déchirure, la désynchronisation des amours, elle l'aime encore, sa souris blanche, la souris verte n'aura plus jamais la même légèreté. C'est la première trahison, la seule, la mère impuissante à diluer l'amer. Les limites de l'amour, elle se noie, elle ne s'ennuiera plus jamais, comme son cœur s'ennuit.
Le premier craquement, la première fêlure, le premier regard éperdu, dans sa détresse elle n'attend pas de secours. Juste des mots sur sa blessure. Des mots qui diraient que le commencement et la fin ne sont pas des drames, juste la vie qui passe, le temps. Des mots qui diraient que les douceurs partagées au passé sont un peu de miel pour l'avenir.
Des mots qui diraient qu'on ne peut pas effacer ce qui a été, que ce qui est pris est pris, même si la leçon est dure. Et puis d'autres bras, d'autres oreilles, qui écoutent, et une voix qui parle, ou qui chante, doucement, comme on sèche des larmes qui ne veulent pas couler.
On a mis son chagrin en musique, et la toute petite fille est restée pensive un moment, l'œil dans le vague, sans bouger, sans rien dire. Et puis on a mis les mots dans la bouche, pas les mots qui consolent, non, les mots de la vie qui continue, sans rien oublier.
On a mis les mots dans la bouche, magiques, et la neige est tombée pour de vrai, douce et fraîche, en duvet. La toute petite fille a souri, des étoiles dans les yeux, brillantes comme les larmes de la nuit qui pleure en décembre sa lumière éphémère.
Le petit chat est mort. Ou la souris. Ou le hamster. C'est la vie. Après la pluie le beau de temps, parfois les hirondelles font le printemps. Les étoiles filent et tissent la toile de l'araignée, les fées enfilent les perles de ses yeux en colliers.