Cribas, je l'aime, c'est comme ça. Il est de ces copains comme on en a tous, un de ces potes indéfectibles, toujours là quand on a besoin d'eux. Il y en a de célèbres, jetés en pleine lumière, comme au cirque, éclairés violemment par des spots impudiques ou obscènes, il y en a de discrets, que personne ne lit plus et que parfois on chante, il y en a de paisibles, il y en a d'obscurs, de ces jeteurs de mots qu'on garde pour amis, souvent à leur insu, parce qu'on a l'impression qu'ils portent un peu de soi. J'en aime de toutes sortes. Verlaine, Higelin, Vian, Desnos, Thiéfaine, Prévert... je les regarde d'un peu loin, au plus intime. Je les oublie et je les retrouve, fidèles, quoi de plus fidèle qu'un poème ?

J'aime Cribas hors contexte, hors la vie, pour l'écrit qu'il jette sur la toile. J'aime ce que j'aime, tant pis pour lui, c'est un risque à courir quand on publie. Il court, il court, le poète, jamais à cours, je le lis ici, il me lie plus loin, au point à la ligne et à la virgule près, côté cour et côté jardin.

Il était une faim sans foi comme une pizza sans anchois, je préfère, les anchois, j'aime pas. Il était une fin sans choix, j'ai fait le tour du pot au rose et j'ai sauté à petits pas, par delà. Le rose ne s'arrose pas, c'est la rose qu'on arrose, la rose coupée et envasée, la rose aux sables émouvants piégée, la rose effeuillée et le parfum en pétale posé sur ta main fermée.

Parfum exhalé sans pare-feu, gare au drame, appelle les pompiers, c'est de l'art de rien, de l'art de chien, de l'art de facteur à pas de cheval sans principes édictés. C'est pas de l'art sous la dictée. C'est de l'art à respirer les yeux fermés, sans rien dire, et si tu dis n'aie l'air de rien. C'est un roc qui tremble, une pierre qui pleure en lieu et place, doublure pour les chauds et froids intérieurs.

Un homme qui se dépense comme il y pense, quand j'y pense, c'est pas un homme, cet homme là, c'est une idée qui passe, c'est l'idée qu'on s'en fait quand il a jeté ses dés. C'est un souffle, épique et qui pique, au piquet, les piqués isolés, il les évente comme il invente, il adoucit sans y toucher, il réconforte à bas bruit. Les silences désappuyés, les éclats de voix volent en éclats, de rire. On plaisante toujours à moitié, charge à toi de rire avec lui.

Il est là et il n'y est pas, il ne hait pas comme il désaime, il ne mord pas, il meurt, comme tout un chacun, de vous à moi comme vous et moi. Vous mourez mais il ne le dira pas, pas à vous en tout cas. Il ne retourne les couteaux que dans ses plaies, mis aux fers aux enfers, offert, il a tout pris sur lui, et le silence qui crie comme crisse la craie au tableau noir, le silence, il le défie, il le défait.

Chaque matin il naît comme on meurt, chaque petit jour tiré vers sa nuit pour tuer l'ennui, chaque noir posé à l'échiquier sur les cases blanches des lunes en plein et à délier. Paysage en nuance, les gris colorés et ses cœurs qui palpitent, nu en ses contrastes, colosse au pied d'art, gibbon leste en gibus, un homme grand à ce qu'il paraît, un grand homme à n'en pas douter. Un élégant qui ne prend pas de gants.

C'est une mine. Il se croit dur comme fer et il l'est, sans doute, dur et doux comme marbre froid. Un rayon de lumière pour le réchauffer, peut-être, une mine de rien, une main posée à plat sur la surface lisse de ses apparences ? Qui sait ce qu'il mise quand il crache aux étoiles en délire, qui sait, pas un mot de trop, et plus il se dit plus le mystère reste entier.