Il était une fois, juste à temps
Par Ginette Fanfiole le samedi 12 décembre 2009, 09:17 - Hallucinations - Lien permanent

Je n'ai plus de temps à perdre pour vos utilités futiles, je veux perdre tout mon temps, plus de temps suspendu, rien que du temps étendu, respirer. Temps éperdus, échappés à vos temps épuisés, entêtés dans un mur amer. Se poser sur un mur mûr, passer le temps sans y penser, se pauser.
Je n'ai plus de temps à perdre, je n'ai plus que du temps perdu, gaspillé, engrené à vos machines froides. L'implacable dans le temps qui ne passe plus. Jouer à la marelle comme un enfant ou sautiller, dépasser le temps pour le mieux passer, s'en aller pour ne plus s'emballer.
S'en aller droit devant comme on rêve l'impossible, se faire plus bête qu'on est pour retrouver sa liberté. Se faire la bête comme on se fait la belle, ne plus y penser, ne plus réfléchir, savoir sans y prendre garde, savoir sans le savoir.
Si vous saviez. Si vous saviez ne pas savoir, si seulement vous saviez taire ce que vous savez. On ne sait jamais, on ne sait jamais que pour tromper, pour se tromper, l'éléphant rose n'a pas d'excuse, juste la souffrance de sa peinture qui s'écaille. Va boire un coup, et laisse l'éléphant respirer.
Laisse aller. Laisse aller les bêtes sauvages, laisse-toi aller. Cette peur de soi et qui empêche, cette peur qui nous carapace en vernis geôlier, l'asocial inséré comme faire valoir dans le tissu des cités, l'asocial caché dans la fonction, les formes mises et les esprits rompus.
Je ne te parle pas même des âmes, les anges déplumés, ridicules en poulets prêts à cuire, prêts à panser, prêts à aimer. T'as déjà aimé un poulet, dis ? Une poule à peau hérissée ? Chair sans frisson maquillée en sensualité, gestes appris, l'amour au frigo qui te cuit la peau et t'écharpe vif.
Echarpé échappé, ne cours pas, ne te laisse pas rattraper. Arrête et regarde autour de toi. Regarde. Arrête-toi et regarde le temps passer, la cohérence et l'immobilité, le silence. Le cours des choses apaisées, la vie n'est pas un combat, un jour on te l'a donnée. Souviens toi de ça.
Fuir les luttes. Perpétuer l'âme animale en esprit malin, servir la soupe au démon, nourrir le dément. Ne rien démentir, se taire, savoir qu'on ne sait pas ce qu'on sait et qu'on ne le saura jamais. Jouer avec les lumières, à cloche pied dans les étoiles, oublier qu'on peut tomber. Oublier le mal qu'on se fait, ne pas faire le bien.
Ne pas faire le mal. Juste faire l'animal, rendre ses droits à la naïveté. L'innocence, peut-être ?