Engrenages égrenés
Par Ginette Fanfiole le mercredi 9 décembre 2009, 11:02 - Instants en instance - Lien permanent

Le temps me lasse comme l'espace me tord, le silence m'efface. Le silence m'efface et je suis toujours là, inexistante. Le goutte à goutte à la gorge, qui force et étouffe, le souffle qui maintient l'intolérable. Le lacet serré qui n'y peut rien, le sifflement impossible de la vie qui s'obstine. Je n'ai rien vu, j'ai tout compris, je ne comprends rien. Les tympans déchirés par les grincements de dents de l'émondé, le monde autour de moi, inanimé comme il s'agite, vide comme il abonde, le monde absurde et qui résonne quand il croit raisonner.
Le mouvement perpétuel et mon immobilité. Les mots sans but comme on erre, les mots désécrits, les mots pour rien, plombés et qui s'enfoncent. Le ridicule qui ne tue jamais, l'aride en cul de sac, la ride griffée qui ne change rien. Les cris lancés éperdus, et perdus à peine jetés. Les écrits sourds et les retenues interceptées.
Pas la peine, les détails, ta peine au détail, je la connais, au mot à mot, les entailles lavées à grande eau, le seau et le puits, la tentation de la sérénité. Le jour et la nuit emmêlés, la lune arrondie au fond du puits. Le seau qui se balance, et la chaîne qui grince, le choix, le pendu, le jeté, le noyé, le choix en faux-semblant, la vérité unique, le sommeil, au fond, le sommeil sans rêve et sans réveil, matois. La vérité inique. Le rire narquois.
Les mots comme les pierres du petit Poucet, qui balisent et ne servent à rien qu'à revenir en arrière, les mots qui tournent en tête, toujours les mêmes vents cinglés, cinglants, les pluies d'orage toujours les mêmes et les éclairs qui n'éclairent toujours et jamais que les mêmes impostures, les feux sans artifice qui rivent où il faudrait s'en aller. La peur au ventre, encore, qui arrime quand il faudrait larguer.
Larguer les amarres, lever le camp, quitter les terres étrangères. Jeter des mots mie de pain pour des oiseaux à suivre et une histoire à commencer. Une histoire. L'histoire d'un retranchement, d'un droit de retrait, le droit à une vie sans histoire. Fuir et se perdre, et cesser de se penser. Se panser sans y penser, lécher les plaies. S'asseoir et regarder du bon côté. Ne plus se laisser piéger dans la lumière des phares.
Retenir la main de l'allumeur de réverbères, laisser le monde clignoter, comme une horloge qui tique et taque, à son pas, laisser le monde respirer, en sortie d'apnée. Ecouter le bruit de la vie, sans chercher à suivre, faire son chemin ou se poser, sans hypnose. Juste s'arrêter pour regarder et marcher sans chercher à avancer.
Vivre pour rien sans rien retrancher.