(Insomnie du petit matin)

Parfois ça tombe raide et on ne comprend pas, on comprend juste qu'il faut courir, se sauver.

J'ai attendu et c'est trop tard. C'est tombé, dru et droit, je suis trempée, j'ai froid. C'est tombé en enclume et je plonge dans le sombre, dans le noir.

Ça goutte dans ma bulle, pas étanche, j'aurais mieux fait de me cacher, je m'enroule et je me noie dans le silence. Si c'était vrai ? C'était quoi, cet écho, c'était qui ? Elles tombent, les plumes de l'ange, ses ailes avec, me tombent des bras.

L'enfance désabusée et toujours recommencée, les dents de lait sous le bras, cachée sous la table, la peur nappée jusqu'en bas, j'ai froid. Le froid toujours recommencé, les icebergs à la bâille, indifférents, mutiques, les mers gelées et le détachement des banquises en dérive. Les curiosités éjectées, les regards tranchants, les regards en scalpel et la folie de l'écorchée vive, les cris interdits, les larmes chaudes dans le blanc givre des bacs à glace sans traversée.

Je me cache et j'observe, hébétée, vos petits arrangements entre ennemis pour la paix bon marché. Votre assurance imperturbable, votre azur rance, immobile à l'horizon, vos décors en trompe-l'œil, vos vérités de supermarché. Vos vies en ligne droite, en surface, vos avis en référé. Vos délibérés à l'emporte-pièce, empruntés à l'esquive, vos mises à l'écart, au pas, vos pas de vis, vos tours de vie et vos paroles vides.

Je me cache et je me tais, le vent. Le vent et la pluie. Toujours.