Baudruche en ravaude
Par Ginette Fanfiole le samedi 5 décembre 2009, 10:00 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

C'est mon tour de ne plus y voir, ma tour sans garde alentour, un tour de clé de sol, uppercut, au tas. Des tas et des tas d'airs de circonstance, pioche, tu trouveras bien le morceau qu'il faut pour avoir l'air de ce que tu n'es pas. Tu ne vas pas te montrer comme ça, dis, fondue comme une motte de beurre sur la plage ensoleillée.
Te monte pas le bourrichon, c'est pas dur, t'as qu'à faire l'huître, tais-toi donc, mais tais-toi, pour la Noël on cassera ta coquille et la mer t'échappera. Ils te broieront entre leurs mâchoires de rustres, vite fait, bien fait, et ce sera tout. Un petit coup de blanc pour faire glisser et zou.
Le silence, le vrai. La paix, la seule, celle de l'inconscience, la paix éternelle, comment peut-on en avoir peur ? Comment peut-on avoir peur de se jeter, comment peut-on s'obstiner quand rien ne va plus, pour le pire et pour le pire, les bons, au trésor ou à la vaccination, les bons, ça ne développe pas les transports aux communs, ça ne pousse pas à l'exultation.
C'est pas que je m'ennuie, je ne m'ennuie jamais, je voudrais bien, m'oublier aussi. C'est que ça me tourne en boucle comme un disque rayé, toujours la même piste, hier et demain au même goût acide, j'ai des brûlures à l'âme comme on a des brûlures d'estomac, la vie un pied devant l'autre avec un putain de caillou dans la chaussure, un putain de caillou pointu que je ne sais pas enlever.
Quand je dis l'âme, t'exalte pas, c'est pas pour l'éternité, je veux juste retourner aux vers, juste que la terre me digère, c'est que j'ai pas d'autre mot à poser sur la folie qui me ronge. Je l'ai prise dans tous les sens, dans l'ordre, dans tous les ordres, dans tous les désordres, j'ai beau faire et la regarder pour essayer de la circonvenir, c'est toujours elle qui gagne et moi qui suis secouée.Etonne-toi après ça que je ne supporte pas les fêtes foraines, j'ai le grand huit intégré, le vertige est d'origine, la nausée qui me retourne envers sur endroit, toute sensibilité dehors, retire ta main de mon épaule, tout me fait mal, tout. Je suis pas fermée, tu comprends, ça s'échappe et ça se répand, j'ai beau j'ai beau, mettre la main sur les accrocs pour retenir ce qui veut filer, ça s'échappe en sifflant, je me disperse et je me dissous, je n'en vois jamais le bout.
En toute bonne logique et depuis le temps, il devrait être vidé, le ballon de baudruche, rendu en loque au sol et en paix, enfin, au calme, au lieu de quoi, j'éclate, je me déchire, je me délatte, je crache le sang, tout le temps. Quel est le con qui me regonfle avec cet acharnement ? Je veux passer, moi, je veux y aller, j'ai fait mon temps, il y a beau temps.
J'ai beau j'ai beau, essayer de me tirer, me dire que cette fois ça suffit, la vie me rattrape tout le temps par les bons sentiments. Comme si la mort n'existait pas, comme si après la vie c'était encore la vie, comme si la roue devait tourner toujours et moi dedans qui roule et boule, qui me cogne aux encoignures.
S'il te plaît, dessine-moi un serpent.