Tremper la soupe et passer l'outre
Par Ginette Fanfiole le mardi 1 décembre 2009, 18:22 - Instants en instance - Lien permanent

Un bouillon chaud sur ses joues et la pomme qui la douche efface le sang à son regard. C'est de ses yeux que ça roule, elle rince comme elle lèverait le front. Elle délire, elle se replie, elle se referme sur la tempête qui la craque, les vents violents qui la bourrasquent. Elle serre les dents sur la folie qui la mène, elle ravale au dedans les cris qui la démentent.
Comme une barque qu'on démâte, elle est à fleur d'eau, la voie s'ouvre et fossoie toute tentative d'arraisonner son passage. Elle se retourne sur l'océan des chimères, elle n'a guère le choix, la rafale l'abat, qui la bat, qui là-bas la brûle comme elle meurt de froid. L'orange bleue lui bat froid. Elle se noie.
Là-bas, dans une autre vie, dans un autre monde, elle a tout lâché et elle tremble sur une grève étrangère, ailleurs elle s'est rendue à déraison, ailleurs elle a laissé sa lubie la cingler, de plein fouet, ailleurs elle est orpheline, ou veuve, et folle, pour ce qu'elle en sait. Ailleurs, hors du temps, hors d'elle, hors d'âge, elle reste nue sous l'orage.
Ici elle revient à elle, la réalité en face et la gueule dans les tisons en tessons, elle retient le souffle qui lui manque et sa poitrine lui remonte au visage un flot d'amertumes. En cage. Ici comme la nuit l'a secouée elle découche sous la douche, elle lave à chaud l'outrance de ses afflictions, elle se rogne les ailes chaque matin, elle avale sa langue comme on se ronge les sons.
Elle lève la tête et douche les larmes de sable qui lui font le regard trop brillant. La rose de sable aux canalisations vomie, la rose des vents lui souffle au corps et elle se tord comme elle se tait. Raisonnable, elle ne résonne pas, la corne de brume a perdu sa voix, aux déserts elle ne crie plus, ne répond pas, les feuilles mortes à l'appel se rangent et le désordre renaît, tout reprend sa place, sauf elle, effarée.