Cinq heures du mat. Dans le sommeil qui me fuit, ma nuit commence. Un premier bol de café, replonger dans le noir et le chaud, s'éveiller comme on se rendort, comme on s'absente, comme on se fuit. Noyer son chagrin avant d'y aller, titubant dans l'obscurité froide et sous la pluie. Le temps au diapason d'une nuit trop tôt achevée. Dormir, dormir encore un peu, monsieur le bourreau, si c'était possible, juste dormir.

Encore une journée dans les brumes, tous soleils rentrés, encore une journée de foutue, trop tôt commencée. Et la rage au ventre, pourquoi si tôt quand tout le reste est trop tard, tout le reste enterré derrière, dans un passé empêtré. Pourquoi si tôt puisqu'il n'y a plus rien à faire, plus rien à sauver ?

Encore une nuit grise dans le petit jour humide. Encore un jour de pluie. Des heures à étirer, lourdes et blêmes, longues, longues, longues de la fatigue d'être soi. Et les petites lunes à porter, à gonfler, à grandir, quand le souffle n'y est pas. La nuit dans la tête, qui pulse et plombe, la nuit dans la tête comme un lest, et le sourire forcé qui déchire la face. Il faut bien. Il faudra bien sourire aux petits.

Le pas à pas pesant, les interdits et les renoncements dans le même sac, réclusion à perpétuité. Purger sa peine plutôt que s'en purger. Rance ignorance, rosse cagneuse dans le champ froid des outrances, contours cernés au noir épais de l'insomnie, doucher ses espérances à quarante degrés pour réchauffer le cœur de l'ennui, un peu. Se pousser en avance, avance amère quand tout est en retard.

Le fruit difforme et sans défense en nargue à vue, les rêves en lambeaux sombres dans le caniveau, tout à l'égout au regard trouble qui emporte le flot débile, tout aux égouts de l'inconscience, se pousser dehors et oublier, s'oublier pour survivre.

Dans le sommeil qui fuit, ma nuit retombe. La journée commence. Jour de suie.