C'est sans boire que je titube, je dis vague et je tangue, je patauge dans les larmes du tendre. Je me noie dans la nasse submarine, portée par le courant de la prochaine baïne qui me ramènera, implacable, à mon point de dérive.

Le vent salé m'oublie, le boulet qui me plombe et m'entraîne à l'obscur me prive de l'aronde, plus un cri. Le silence engloutit le flot qui me dégorge, et l'amer à déboire, la mer à rendre.

Je me pose aux bas-fonds où chantent les sirènes, j'avale en un plongeon leurs plaintes et ma défaite. Les larmes qui me restent se dispersent et m'effacent et le bleu aux poumons me suffoque.

Quand la mer se retire aux marées reparties, le soleil intraitable m'en remet aux déserts et le froid me désâme. Asséchée sous le vent des outres qui s'essoufflent, je tremble sous la bise qui me démembre et m'éparpille.

C'est sans boire que je vogue à la dune, le désert est trop grand pour mes larmes, aux étendues arides se détendent les lames affutées, qui piquent et goutte à goutte distillent l'insomnie, instillent le doute, accusent. Je ne témoignerai pas à charge, je n'ai rien vu, à la décharge mes incertitudes en remugles, le couteau sur la gorge, je ne dirai rien de plus.

Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas.

Je ne sais plus.

Je n'essaie plus.

Je hurle sous la hune, je n'essuie pour personne et le noir qui m'ensuie me dégomme. La lune est en étau entre le ciel et l'eau, les paupières ensablées et l'oreille en défrai, j'abandonne.