Autopsie d'une déprimée
Par Ginette Fanfiole le mercredi 25 novembre 2009, 12:05 - Idées noires - Lien permanent

Admettre l'évidence ? La vie évidée d'envie, le corps immobile, l'esprit aux abonnés absents, le cœur désabonné. Plus personne. N'y a plus personne, le silence et l'immobilité. Le temps étalé sans intérêt, en ligne de mire, la grande amère, la mise à mort, la recherche du temps éperdu. Les raccourcis imaginés, les chemins de traverse en ligne directe sur la paix. Toute entière tournée vers un seul but, l'ultime, et le reste en corvée. Égoutter la gamberge, larme à larme, les armes vers soi dirigées, lames à l'âme, liberté, et la vérité du silence. La mort en vérité, je la connais, la mort en latence.
Le poids de l'âme réduit à rien, partie l'hirondelle, vide l'écorce, le souffle froid, déjà, dernier soupir au fond de l'impasse, rêve du silence enfin roi. La vie ? Quoi la vie ? Les interdits ? Le silence jamais partagé ? L'à venir en haut débit, en trombe, l'univers sans humanité ? Pas de quoi pavoiser, noir pour noir, pavillon hisser, et les voiles aussi. Noirs. Noires. La mer immense, les chemins détournés, les yeux bandés pour s'habituer, voyages erratiques aux destinées identiques. Pas d'extase au pas de deux, un peu plus tôt, un peu plus tard, mettre les bouts. Au bout du conte, l'apnée.
Je regarde. Cachée dans un pli d'inexistence, invisible, j'écoute, j'observe. Je vois, les va-et-vient, l'agitation, l'effervescence, et l'absurde, au fond, tout au fond. Juste l'indifférence, juste l'inconscience, mettre son pas dans le pas de celui qui est devant, sans penser à rien. Des vies en dissolution, comprimés blancs, noyades au verre d'eau, mouvements réflexes incontrôlés, créatures manipulées et qui se prennent pour dieu, pour se consoler. La vie en marche, insensée, le mouvement perpétuel, des rouages muets, automates, hébétudes en engrenage se mouvant mutuellement, sans s'émouvoir jamais. Des roués. Ma course folle de l'autre à l'un, vous éveiller, ouvrir vos yeux, gifler vos gueules enfarinées. Faire parler vos gueules noires . Vous arracher des mots que vous n'auriez pas appris sans cœur avant de les parler, des mots qui vous surprendraient.
Sommes-nous devenus nos propres clones ?
L'homme au service de ses machines, plutôt que de ses rêves. L'homme, sévère et sérieux, l'homme dieu, bientôt déchu, bientôt tombé, bientôt rendu à ses dimensions modestes et avariées. L'homme tueur de vie, tueur d'essence, l'homme en mode autodestruction avancée. Je regarde et je pleure, quoi faire, l'homme multitude en sauterelle sur lui-même, préparant ses prochaines années de vaches maigres. Je regarde et je pleure.
Le monde immonde à cause de moi, entrée vive en putréfaction ? L'hygiène et la santé dans vos vies programmées ? Ravaler pleurs et façade à la chaux, brûler vive en silence, je ne suis pas folle, je ne suis pas une maladie. Je ne vous suis pas. Je suis.