Liberté
Par Ginette Fanfiole le dimanche 8 novembre 2009, 09:05 - Dans le mur - Lien permanent

Passe ton chemin, tu ne me comprends pas, tu ne m'entends pas, je ne sais pas à qui tu t'adresses. Je ne sais pas qui tu crois gifler, mais la cinglée, c'est moi, c'est sûr. La cinglée. Au fil du regard en scalpel qui me dépèce sans état d'âme, je m'interroge. Je n'aurais peut-être pas dû, m'exposer. J'avais assez d'elle comme ombre fidèle, en sombre sur réalité, j'avais assez de fiel dans mon ciel sans marris.
Parfois elle pose sa main sur mon épaule et elle m'accompagne, pas à pas, elle m'infiltre à l'intime comme une meilleure amie, comme une mère, elle est même capable de se faire homme et amant, elle me dit qu'elle m'aime et qu'elle m'attend. Elle me dit qu'elle me consolera de tout, elle me dit que la vérité est au fond du trou. Elle pèse, elle m'alourdit, chaque pas un peu plus cuisant sur le fil du rasoir, je file droit en faufil sur l'envers de ma route, la déroute en ballast à fond de cale, le silence en sextant pour faire le tour de mes tourments.
Au poing, la main qu'elle me tend, de loin. C'est l'heure, mais c'est pas l'heure, les cloches sonnent le repli, sur soi, le retrait. S'effacer d'un revers de bras comme on efface une ardoise à la craie, ne plus rien devoir au temps. Tout escamoter, de soi il faudrait pouvoir tout retirer, le rouge comme le noir, retourner sans laisser de traces, il faudrait pouvoir disparaître à la source, se noyer d'avance, avant d'avoir commencé. N'avoir jamais payé sans comprendre sa dîme au désespoir, ponction sur sale air et et le sourire en masque sur la grimace.
Je continue d'avancer parce que c'est comme ça, je continue d'avancer parce qu'il n'y a pas moyen de se défiler, parce que je ne trouve pas l'ouverture, l'alternative m'échappe, et cette garce qui m'appelle et ne vient pas me chercher. Le silence de plomb, l'écho du cri qui se taie sans tuer, la révolte inutile et le souffle étouffé. Le chemin sans embûches et sans intérêt, empierré à la braise et mon pas lourd qui s'y enferre. Mon enfer pavé de mes bonnes intentions, rien à faire. Rien à défaire.
Juste un peu hâter le temps, abréger, ne plus parler de soi comme on parle de rien, le tout inaccessible, hors de portée, esquiver le temps qui reste, éluder. Ne plus dire ni s'écrire, se jeter comme on respire, se jeter comme on s'épargne, s'envoler en criant. Liberté !!!