J'aurais mieux fait de me méfier, les ricochets, parfois, les ricochets dans l'œil de mon prochain, c'est à cause de moi.

C'est ma faute. J'oublie toujours de me méfier. Il faut que je me taise, je me laisse toujours piéger, je ne voulais pas. C'est ma faute, je savais, et j'ai encore oublié.

J'oublie toujours. L'espoir s'entête et j'oublie, je ne suis pas d'ici, et mes sœurs ne m'aiment pas, c'est comme ça. L'espoir.

Laisse, poire, c'est le rôle qu'elles t'ont assigné, tu ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que tu ne te défends pas.

Tu ne te défends pas, tu ne te défends rien, tu regardes de loin et tu ne comprends pas. Tu regardes loin, tu t'es faite avoir, poucette. Tu le sais pourtant, que l'espoir est vain, tu n'as pas de pareille, tu te désappareilles quand elles te voient.

Cache-toi. Elles vont leur chemin dur et droit, tes sœurs, elles ont l'air de savoir où ça va. Cache-toi, pleure dans le caniveau, c'est ta place, méfie-toi, enfin.

Grandir, apprendre à se méfier, je n'apprends pas. Grandir, apprendre à se taire, je ne me tais pas. Grandir, apprendre à se cacher, je reste là, face offerte, il n'y a pas que le vent, qui gifle.

Je ne saurai jamais. Faire semblant, je ne sais pas. Inventer des histoires, je peux, opposer les miroirs, réfléchir les lumières, fabriquer des images, pour rêver un peu, fabriquer des nuages. Mais faire semblant je ne peux pas.

Il y a quelque chose que je ne comprends pas, quelque chose qui manque, quelque part. J'ai eu tort, il ne faut jamais parler sans savoir. Croire n'est pas savoir. Je croyais.

C'est ma faute, les ricochets.