La petite voix s'est tue, celle qui me souffle quoi écrire, alors c'est moi qui cause, ces temps-ci. J'ai perdu mes muses, je m'amuse en attendant leur retour. Word me nargue en m'ouvrant ses pages blanches et me met au défi, je relève la tête, hausse un sourcil, il y a d'autres choses à écouter, les échos ne font pas toujours sens et alors ? Les échos font sensation, ça me suffit.

Le château de Descartes est bien fragile, qui s'écroule au premier souffle d'émoi, et ce n'est pas moi qui tombe. Je tremble donc je suis, et la démonstration s'effondre sous l'exemple. J'agis comme j'écris, d'instinct, en raccourci. L'intelligence ne se limite pas au raisonnement, il y a la résonnance, aussi.

Il n'y a rien à écrire, tout a été dit, démêlé, ordonné, expliqué, mis en cases. Pour l'instant il me suffit, de tordre les barreaux des cages, de reprendre ma liberté, le nez en l'air et sans itinéraire, sans projet, sans direction à suivre. C'est le vent qui me pousse et puisqu'il ne souffle pas, j'avance aux petits bonheurs, au hasard, l'œil mi-clos et l'oreille aux aguets.

Je suis partout, c'est vrai, mais est-ce que tu m'as vue ? L'espace a trois dimensions, le chant sémantique tellement plus. Le champ lexical contient tellement de secrets cachés en taire, ne t'arrête pas au jeu. Un jeu de mots peut en cacher un autre. Relis. Relie. Si ça te chante, si ça t'amuse, si ça te plaît. Dans le miroir, c'est toi que tu vois, je suis derrière.

Ça ne veut rien dire, et pourtant ça me cause, derrière chaque mot je pointe le silence, et ça cause de moi puisque c'est moi qui cause. Ecoute encore, lis autrement, laisse les mots déployer leurs sons en tous sens, c'est jeu, c'est plus qu'un je, les miroirs et les reflets, le faux, le vrai. L'œuvre est. D'accord ça c'est pour rire, c'est tout du hors d'œuvre ce que je fais.

Loin de moi l'idée d'être mise en pages, mise à l'index au rayon des bibliothèques, hors d'état de nuire. Hors d'état de luire. Je ne suis rien, une bestiole grise et sans ailes, même pas une luciole, un ver luisant. Tu regardes la lune et tu vois de la lumière où il n'y a que poussière. Tu éclaires le ver luisant et tu n'as rien à regarder qu'un vilain coléoptère.

Des fois je me dis que si on aime bien regarder la lune et le ver, c'est que l'une comme l'autre se contentent d'être là sans rien faire. Ils ne nous servent à rien. Ainsi soit je, je, tu sais, l'autre.