Face à farce
Par Ginette Fanfiole le mercredi 14 octobre 2009, 19:56 - Bouteilles à l'amer - Lien permanent

Je vais pas parler d'ici, non, je vais pas parler d'ici, vous savez ça par cœur. Par cœur, sans aimer, sans cœur, par cœur comme on dit quand ça ne passe pas par là. Je vais pas parler d'ici, je vous parle de là. Là. Je suis là. Je vous parle de ce que jamais on ne voit, je vous parle d'émoi.
Je vous parle de moi quand je n'existe pas. Suis passée par ici, oui, vous y étiez aussi, et j'étais près de vous quand vous êtes passés là. Je souris aux anges, tout le temps. Ils se font rares les anges. Je bâille aux corneilles, j'en vois souvent. Je hurle à la mort, je hurle à vos yeux morts qui ne voient jamais plus loin que le bout de l'ornière.
J'étais là pourtant, juste au bi du bout. Je suis là depuis longtemps, je suis lasse. Je ne bouge pas, je vous regarde. Je vous attends. Je vous entends. J'enrage, les aveugles sont rois mais le royaume des sourds ne me tend pas les bras.
Je vous regarde, interloquée. Vous ne faites que passer. Passer, d'un point à l'autre, passer et repasser, vous ne faites rien, vous n'êtes pas. Je vous regarde, vous ne me voyez pas. Je me tais, et vous n'entendez rien, ni ma colère qui gronde, ni mon cœur qui se débat.
Si je tendais la main, j'y trouverais sans doute ce dont je n'ai nul besoin. Une petite pièce de silence et vos pas hâtifs. Si je tendais la main vous prendriez la fuite. Alors je reste là et vous partez quand même.
Au petit matin je sors, j'essore à l'essuie-glace les larmes que le brise-glace a oubliées. Dans la lumière et face à face, je vous oblige à me regarder. Je ne veux pas la charité, gardez vos maux pour vous. Je ne faisais que passer.