Je suis ma pire ennemie, juge, partie et condamnée à l'a-vie. Le désir effacé, le semblant, le faux. L'attente de la faux bienveillante et consolatrice. L'inertie pour toute sortie, l'apparence sans partance, les faux-départs en déshérence. Le poids des désassurances, le repli.

Je ne suis rien. Un miel de silence poisseux enroulé sur la cuillère en bois du faux-semblant. Un miel de fatigue et de lassitude encollé sur un regard désabusé. La vie sans envie est lourde à porter, l'inexistence, l'incompétence, l'incapacité.

Confite au sirop amer des angoisses, asphyxiée au sale air de la peur, momifiée d'inquiétudes, déconfite. Je suis aveugle et paralytique. Sourde et inconvenante. Je suis l'oiseuse, l'inaperçue, l'écrit figé dans la muette, stérile.

Je sue l'angoisse, mélasse, j'englue, je rebute. Rabrouée, je me tais, je m'isole, je renonce. Je suis une ordure, un remugle, une nuisance. Je suis l'égout écœurant où vous vous soulagez, le cloaque où vous débondez, le bourbier où vous écoulez vos humeurs nauséabondes. Je suis la bauge de vos débauches.

Je suis terreur et nausée. Je suis immondice, je suinte le jus noir de vos abjections. Sans asile sous le ciel dévot, je me cache dans la fange. Je hurle à l'amour comme les chiennes à la mort, je suis une âme à la peine, le dernier souffle étiré à l'infini.

Je suis une larme dans l'océan de vos suffisances, et je ne sais pas m'y noyer.