Ma vie n'est qu'une chute rectiligne dans le temps, sans mise en orbite, jamais. Mon écriture aussi utile qu'un cataplasme à la moutarde sur une brûlure au dernier degré du silence, un cautère sur une jambe aux abois.

Les chiens aboient, je passe, mon chat sous le bras, en écharpe, en échappe, échappatoire. Echappe à toi. J'échoue. J'échoue sur un banc de sable qui achoppe en échoppe, rien à l'étal, juste létal, l'amer en horizon, bleu et rouge, bon petit soldat. Bleu et rouge à l'orée des écorchés, l'âme à vif, embrumée, ils ne peuvent pas comprendre, les cuirs marqués et tatoués, insensibles, sourds et muets.

Le monde étrange au tour, l'univers en fuite, l'univers sale, universel, et l'âme projetée au lance-pierre dans l'obscurité. Des éclairs fugaces qui n'expliquent rien, et la brûlure de la vitesse, et la lumière. Etoiles filantes prises au piège de l'inexploré, étoile aveugle écartelée qui écarquille, et sa trajectoire implacable. Ça sert à quoi les mots au royaume des sourds, les mués se ferment, le mur du son, oreilles inutiles, fait du foin, l'ému invisible se tait qui n'est pas entendu.

J'écris pour montrer que je suis là, mais ce n'est pas moi qu'ils voient. L'écrit ne me sert ni ne me dessert, dans le désert la voix se perd comme les voies s'effacent. J'écris en somme comme je me figerais. J'écris toutes les vies que je n'ai pas vécues. J'écris comme on meurt, comme on crève, j'écris comme un ballon éclate ou se dégonfle, j'écris comme je manque d'air.

Prends pas tes grands airs, qu'ils disaient. J'ai arrêté de respirer puisque je ne pouvais pas arrêter d'être grande. Je crie en soupirs et en silences le souffle qui me manque, le sang aux joues, haletante. J'ai l'air d'une baudruche trouée, ils me préfèrent sans erre, à l'équerre, et le cœur crevé. Je les hais comme je les aime, les décervelés.