Prête-moi ton œil, liseron, prête-moi ta ligne, frise au fil des mots, friselis sots, friselis pompés à poupée, friselis en poupe, niais, pour cacher le jeu, le je, les jeux du je. Dussé-je prendre le fil et lisser le col, dussé-je prendre la file, l'affilée, et suivre comme à l'école. Suivre le fil du verbe, le cours des voix, le courbe voie, tête inclinée, penchée sur l'ouvrage, laisser filer les phrases, poser les syllabes, un fil de salive.

Bave. Bave et mouille l'index, et tourne la page, feuillette. Goutte à goutte mouille l'index, et mets à. Mise à l'index et cherche ta page, ta voie, ton sillage. Bave d'escargot en décryptage, guide-doigts, guide-moi. Laisse rosir les roses en leur âge, tourne, encore, la page. Quand le vent se lève sur l'aile du moulin, dors comme il en écrase. Mouds ton rêve au verbe haut, moule ta prose au petit poil, et pile, empile les sacs et ressacs, fais foin de farine, ivraie et grains mêlés. Elle a un grain, c'est vrai.

La vigne est mûre à vendanger, grand vent d'âge mûr à la figure, larme écrasée. C'est le vent qui l'ivre comme elle se livre au passe-tout-grain. Le pastoureau lui fait l'appeau sur son pipeau, elle est passée l'hirondelle, elle a traversé, on lui fait la peau et elle perd sa plume. La bouille à l'ivrogne, la trogne à la brouille, les yeux flous, le regard sous. Le regard en dessous chics, le cil acerbe, l'éclair. Droit dans la pupille, le regard crevé, l'œil qui coule au masque à rats.

Elle m'a crevé l'œil, c'est clair, j'aurais mieux fait de me taire, j'aurais mieux fait de me cacher, les sourds sont lâchés.