L'avenir de fonte en sac à dos lui enclume le pas, l'empèse, raide, dans un présent sans espoir et sans souffle. Rêve de fuite, impossible et incoercible, où aller lorsqu'on a son avenir derrière soi ? Pas lourd, incertain, vacille et tombe à deux genoux, en vrille. Pas de rouge. Pas de rouge aux genoux, ça ne se fait plus, et le petit vélo lui tourne en tête, jusqu'au vertige.

Trébucheries et bûches en cascade, tangueries à la tangente. Comment mettre le point final quand le point de chute est derrière, comment ? Descente aux enfers en plein jour, décente et sans rien à faire, des sentes. Des sentes où poser le pied, des sentes où se cacher, des sentes de soleil et de vent, bruissement des herbes hautes, l'oubli. L'oubli de soi, de son inexistence, soulagement. Le pas ferme sans marche à suivre, le nez en l'air et l'œil aux aguets. Le museau au vent, l'inconscience en haleine.

La vigne et le grain, la vigne à l'effeuille et le grain à vue d'œil. Le grain de l'ivresse à jeun, le vide dans sa tête, et comme elle se retient au paysage pour ne pas tomber. Les nuages, merveille, à défaut de mer, veillent. Le vertige. Le vide et le vertige. Vert tige. Vert tige en verticale, amarré en sous-sol, l'ancre à l'ocre en bouée, pour se stabiliser. Mer verte au seuil des vertes apnées. L'ancre des déracinés.

Point de fuite en ligne de mire, le tournis jusqu'à la nausée. Le bruit incongru du lavabo qui se vide. Le tourbillon de l'eau, et pas d'issue possible. La suée au front, la panique au ventre, le malaise et pas d'espace pour tomber. Flottement nauséeux, incontrôlable, le temps comme une mélasse qui l'engloutit, l'absorbe, et l'écœure. Sans issue possible, même les yeux fermés.

Le vortex au trou noir, à l'immonde, elle émondée, sans baume, ni mage, juste l'image, pour se consoler. L'image des impossibles qu'elle a fait siens, et les interlocuteurs égarés dans le labyrinthe sans énigme, les interlocuteurs cherchant sens à faire quand elle ne veut qu'essence. Quand elle ne peut que sensation sans action. Les interlocuteurs lassés, détournés, vers le trou à creuser pour l'os à ronger.

Elle sans artifice qui fait fi de leur peu de feu, tremble et se brise, à chaque fois, s'embrise et s'en va. Le souffle un rien plus court et la fraîcheur au front, et le froid dans ses membres. Elle a renoncé, à faire front, elle fait face, c'est déjà bien assez froid comme ça. La guerre de tranchées, peu lui chaut, elle s'efface. Plutôt crever de froid que d'effroi.

Le beffroi sonne l'heure, elle est en avance, il est trop tard, trop tard, trop tard. Il est si tard et elle est toujours là, et s'enfuir et s'enfouir, si long.