Souvenance en soutenance
Par Ginette Fanfiole le mercredi 16 septembre 2009, 20:16 - Narcisse en abîme - Lien permanent

Etranges étrangers, monde inaccessible, où suis-je ? Qui suis-je ? Mutante ? Bannie ? Y a t-il ici quelqu'un qui connaisse ma planète ? Qu'est-ce que je fais là, où, c'est sûr, je n'existe pas ? J'existe au dedans, que reste-t-il de moi hors, sinon l'étonnement rémanent de me réveiller chaque matin intruse en terre abstruse, confuse parmi les incongrus qui ne parlent pas mon langage ? Saugrenue. Qu'est-ce que je fais là, sans nulle part où aller, rien ni personne à voir, à mouvoir ni à émouvoir ? Monde irréel, irréelle au monde ? Est-ce que j'ai une réalité, est-ce que je suis juste la vue d'un (saint ?) esprit détraqué ?
C'est une erreur, juste je passais, je regardais, j'essayais de comprendre. Avez-vous âme et conscience ? Parfois je me demande, en souvenir de ce moment si précis où la mienne s'est éclairée, et m'a désignée comme inopportune. Je revois la petite fille en trop, définitivement à l'écart, la conscience de l'exil. Je suis la petite fille, seule dans le préau, le soleil dehors, et le silence, s'abattant sur elle comme un oiseau de proie, et le début de l'absence, le froid. Absence du monde ? Absence au monde ?
Qui est inconscient, des autres ou de moi ? Tous, sans doute, la différence génère les indifférences, mutuelles et réciproques, les aveuglements se répondent, la lucidité crève les yeux des vivants, crève-cœur, les âmes se répandent au tout-à-l'égout, en noir et en couleurs, ça ne se discute même pas. Les corbeaux et les rats, la pie ne chante pas, quoi qu'on en dise, l'appeau n'attire que les faux qui tranchent, semblants ou pas. Sanglants.
Ôter, se défaire peu à peu des oripeaux dont on s'est affublé pour se faire pareil, possiblement semblable, socialement acceptable, virer le superflu, ne garder que sa propre chair, que sa propre peau, dans le froid de l'inconnu. Virer tous les corps étrangers. Virer de bord, virer d'abord. Virer les ors pipeaux, ne garder que le vrai. C'est une toute petite fille, qui se terre et se tait, qui a oublié les pourquoi, les faits et les causes, juste le goût salé des larmes qu'elle ne comprend pas.
Il n'y a qu'en enfance qu'elle soit vraiment de plain-pied, assurée, sans interrogation, sans défiance. Il n'y a qu'en enfance qu'elle sait mettre un pied devant l'autre et faire des pas, de souris, de géant ou de parapluie, avancer. Il n'y a qu'en enfance qu'elle sache complètement entendre et dire. Les petits la reconnaissent comme une de leur pareille, une grande personne gigogne, sa petite personne dedans, qui n'a rien oublié.
Les adultes, les vrais, leur petite personne, ils l'ont bouffée pour grandir.