Le fil du temps. Le fil barbelé. Le fil du temps noué, le fil du temps l'enserre et l'emprisonne. Tenaillée par la pince coupante du souvenir. Elle n'oublie pas, c'est mal. Il paraît que c'est mal de regarder en arrière. Elle n'oublie pas, le temps ne passe plus, le temps s'enroule en pointes sur l'âme et le corps à nu. Le fil du temps l'assigne, le fil du temps la saigne, par tous les pores. Quitter le port, du bout de l'aile trouver une île, une autre. Un souffle qui la porterait, un ailleurs où elle respirerait. Vague alarme, prendre le large. Du bout de l'elle trouver un il, un autre en hôte.

Poser un il sur le fil du temps, funambuler sans compter, conter les étoiles. Pauser son temps au large, apaiser, écouter le silence des cordes pincées, sensibles, à cœur, la voix d'une guitare, ténue, dans un coin de mémoire. Le silence en musique. La porte fermée, sans mot dire, ni maudire, et la griffe du regret. Oublier. Ebarber le fil, arrondir les pointes. Arracher ses cheveux.

Arracher ses cheveux, ne plus passer au rouge, éteindre le bleu de l'œil sous la couleur ficelle, plonger dans le bleu du ciel et sécher la prunelle mouillée. Ricocher sur Brassens. Enfourcher les machines absurdes de Sheller. Tuer le temps.

Tuer le temps.

Tuer.

Tu es. Etais.

Tu étais temps.

Etayer. Etayer le temps qui reste.

Cherche étai au présent pour repasser le temps à l'avenir avant qu'il ne soit trop tard.