Don Quichotte en touche
Par Ginette Fanfiole le samedi 29 août 2009, 10:50 - Papotis - Lien permanent

Marre. Elle en a marre. Marre de ce monde imbécile. Fatiguée d'avance par son retour à icelui. Peu importe son activité, peu importe la teneur de son travail, ce n'est pas ce qui la mine. Ce qui la mine s'est répandu partout. Ce qui la mine est devenu lot commun. Elle n'est pas la plus à plaindre, sans doute. Elle s'en fout de qui est le plus à plaindre, elle regarde en arrière ce qui les a ramenés là. Elle voit encore plus loin ce qui les sortira de la fange puante où le monde s'est enfoncé. Les révolutions se répètent, à quand la scène finale ?
Elle regarde en avant, elle n'a pas le courage. Elle n'a pas le courage de vivre ça. Elle n'est pas l'espèce, elle est en l'espèce un individu qui tente de prendre du recul pour sauver sa peau. Elle se fout de l'espèce. Elle cherche une île où fuir, peut lui chaut de se battre. Se battre contre quoi ? Contre l'obscurantisme qui a repris le dessus ? Se battre contre Voldemort ? A quoi bon. Elle a été ce grain de sable inconscient qui monte à l'assaut des moulins à vent. Elle s'est laissé porter par des vents qui lui semblaient plus progressistes que la meule qui écrase tout.
A quoi bon ? Les vents progressistes ou pas font tourner les ailes, dans un sens ou l'autre alimentent la meule. Elle a découvert qu'on pouvait broyer les grains de sable. Elle a découvert que la solidarité des grains de sable est soluble dans le jus puant du chacun pour soi. Comme un grain de sel au fond d'un verre d'eau sale. Quand le vent souffle il faut éviter de se laisser projeter sur la meule, et la meule elle y est en plein, avec une multitude de grains de sable en tas. Elle a découvert un autre truc répugnant. La seule façon que les grains ont trouvé pour se protéger de la meule, c'est de se dissimuler sous d'autres grains, qui seront moulus à leur place, pour un peu de temps gagné. La meule passe et repasse.
La meule écrase tous les grains, le blé, l'ivraie et les petits cailloux. Juste viser le bord et se laisser tomber, hors d'atteinte, quand tous les grains seront moulus et que pourront bâfrer les maîtres des vents, ils laisseront tranquilles les grains tombés. Peut-être même ils les cultiveront. Le maîtres des vents ? Les maîtres d'évents, plus précisément, en parade comme à la corrida, planqués, et qui harcèlent le tout venant. Le tout venant a un défaut majeur, il est trop. Des hordes, des légions, des nuées de petits. Gourmands. Qui bouffent de tout. Des sauterelles en nuages redoutables, qu'on élimine.
Des grains de sable ? Non, des sauterelles qui réveillent le fantôme des années de vaches maigres, et des puissants qui éliminent les sauterelles. Tous les moyens sont bons, dès lors que la sauterelle ne voit pas venir le grand exterminateur. L'insecticide, ça pollue, se rendraient-ils compte qu'ils habitent la même planète ? Se rendraient-ils compte que ça va finir par les contaminer aussi, leurs saletés ? Le rouleau compresseur est plus sûr, la meule. La meule broie aussi les sauterelles.
Guerre d'intelligences, le nombre contre le privilège, une vieille histoire. Arme numéro un, toujours faire croire que le méchant, c'est l'autre. L'autre qui crève de colère, de saine colère, de légitime colère contre ce qui veut sa mort. C'est vrai que ça lui fait pas la mine engageante, c'est vrai que ça en fait une bonne cible. Arme numéro deux, attaquer progressivement, faire croire à l'autre qu'on le considère comme un égal, comme un ami, tant que son tour n'est pas venu. Attaquer sournoisement. Arme numéro trois, pas d'état d'âmes, jamais. Comment voulez-vous sinon mettre le pauvre monde au pas ? Le fait du prince, partout et toujours, diviser les troupes, user, user, user.
Plus envie de se battre, pas envie de passer à la moulinette. Renvoyer dos à dos les uns et les autres, elle n'est pas une force en présence, ni pour les uns, ni pour les autres. Elle se fout pas mal des combats de pouvoir, d'un côté comme de l'autre. Le combat des chefs ne la concerne guère, les califes et ceux qui veulent s'asseoir à leur place et baiser leurs femmes, elle n'est pas femme de calife, elle n'est femme de rien ni de personne, d'ailleurs. Elle est d'ailleurs. Elle est, d'ailleurs. Elle ne hait pas. Ils la fatiguent.
Ce n'est pas une meule, la roue tourne, et broie. Quitter l'ornière.