Dans le temps immobile, mots en volutes tournoyant sans penser. Sens absurdes, giratoires, lents retours et toujours au fond, la même matière. Dans le kaléidoscope du temps qui ne passe plus, faire miroiter le verbe pour passer le temps. Recherche vide d'esthétique, juste l'oubli, comme un exercice de méditation. Juste la beauté du geste, sans souci de prendre phrase, mots sans messages, au repos, comme une toile abstraite et la couleur, comme un morceau de musique, écrire et ne rien dire. L'art pour l'art, dégraissé, l'épure.

Dans le verbe étalé, dévoilé en sourdine, dans le verbe évidé, de toute pensée, juste la sensation, juste la vibration, l'émotion pure loin des motions dures. Abstraire le fait pour extraire le suc. Abstraire l'esprit, extraire les âmes, pour faire joli. Effet de serre. Faire pousser pour rien comme une plante en pot le mot pour le mot, pur, tordu, superposé, étiré, comprimé, coloré, flouté, heurté, brisé... Hors du sens l'essence, juste pour le plaisir, sans contenu, sans teneur. Existence.