Je ne suis pas poétesse. Peau et thèse, peut-être, pot et taise, qui sait, ou bien mélanger. Un loisir à deux sous, une distraction. Pas écrivaine pour deux gouttes d'encre, ma plume est sèche. Seiche je nuage, c'est de la poudre aux yeux, de l'écrit vain, c'est rien. Ce n'est rien, un passe-temps comme si le temps avait besoin d'aide pour passer. Un passe-temps pour dépassé. Dépassée, je suis, je ne suis rien, je n'y vois pas. Les poètes, ça voit. Les poètes sont voyants. Les poètes c'est voyant. Moi je me cache, t'as qu'à voir.

Un passe-vue la poésie ? Un passe-vues ? Impasses vues ? Je ne suis pas poétesse, je pose les mots, je ne pèse pas, j'affiche à l'écran et ils prennent le pouvoir, ils décident pour moi, ils me montrent les dits, les édits, les non-dits, je ne parle pas. Les mots parlent sans moi, je les sers, je les expose, se tiennent la ligne, bien ensemble, chacun à sa place. Je pose les mots, ils disposent, ils m'emmènent en sonorités complices, de coqs en ânes apparents mais parents, et peut-être même de coqs en âmes, va savoir si les coqs sont âmés. Les mots. Ils disent pause. Les mots toujours disent quelque chose de plus. Etrange. L'âne rit.

Pas d'ange, non, déjà fait, déjà pris, je laisse. L'un passe, l'autre reste, celui qui reste dans l'impasse laisse celui qui passe en reste. Il faut se poser, les animaux ne parlent qu'à l'âne en elle, les mots disent sans arrêt, encore faut-il les écouter plutôt que de s'écouter parler et de s'entendre dire. Ecoute-toi. Ecoute, toi. Ecoute, il n'y a que le premier mot qui coûte, les mots bien composés sont de bonne volonté et se laissent aligner sans maudire. Le mot du jour comme un plat, au plat comme un œuf, le mot neuf. Compte tes mots.

Deux mots à ne pas dire et les fils s'étirent, le fil de la ligne et le fil du temps, en long ou en large. Les fils se tirent mais n'en parlons pas, mieux vaut tirer un trait comme on tire un fil. Cela ne nous regarde pas. Cela ne nous regarde pas, n'est-ce pas ? Cela nous regarde ? Nous dévisage ? Cela nous regarde, en cachette, en retrait, cela nous regarde en silence, cela nous interroge sans rien dire. Les meilleures questions sont muettes. Sans réponse. La poésie ne donne pas de réponses, elle ne donne que des clichés. Instants tannés légués, images à l'année, ânées en images.

Braire. Braire au mot à mot et au goutte à goutte, en ânesse sympathique. Pauser son année. Donner à l'ânesse le vain de messe, garder le reste. Laisser braire l'ânesse à la messe, elle est âne pour ça. Grand-messe. Anesse mère à la grand-messe, le fils s'est tiré, elle s'est faite avoir, elle reste en bas sans boire, et brait. Poétesse, l'ânesse ? Las non, la voix née elle sert l'avoinée à l'ânon. Pétasse.