Je veux dire, sales et cons. Un appartement miteux à la propreté douteuse. C'est à dire à la saleté tangible. L'odeur, le renfermé, s'impose. Un bouquet de fleurs sur la table à la toile cirée collante. Pauvres fleurs.

Désinfectant en bombe dans la literie. Le chat sous le lit fait la poussière. Pauvre chat. Draps propres, deux paires, isoler. Le chat sort de sa cachette, les moutons accrochés, aux pattes, au ventre. Faire la poussière du chat. Vaisselle. Passer à la javel le placard qu'on va utiliser, la vaisselle, rincer.

Sortir, même pas possible, la pluie, battante. Arrivée massive de cons en Bretagne, premier août. Aller faire quelques courses avec la voiture, revenir. Attacher le chat et ouvrir les fenêtres, au moins chasser l'odeur. Laisser mijoter trois jours.

S'accommoder de la situation, javelliser les sols, déballer le moins possible. Fourrer le chat au propre, dans le lit. Autour le littoral, la mer, parfois même un rayon de soleil. Mettre le chat dans la cour chaque fois qu'il ne pleut pas.

Petite graine noire sur la patte du chat. Penser puce, se féliciter d'avoir pris la précaution de traiter l'animal avant le départ. Ça ne peut pas être une puce. Boire un verre de cidre, le chat est servi. Le chat est toujours servi. Il n'aime pas le cidre.

Petite graine en mouvement sur la patte du chat. Un moucheron ? Attraper la bestiole, la faire claquer entre deux ongles. Puce, pharmacie. Une puce malgré la pipette ? Il devait en avoir beaucoup ? Il n'en avait pas. Regard dubitatif, aérosol de complément.

Traitement du chat. Nuit. Puce dans le cou du chat. Puces. Pharmacie. Ne pas tuer le chat à coups d'insecticides récurrents et inutiles. Le pharmacien est formel, avec tous les traitements subis, il ne peut rien infecter si lui peut l'être encore. Inspecter la maison. Shampoing doux, isoler le chat.

Inspection des boiseries, insectes cachés. Arrachage des deux paires de draps, soulevage du matelas, literie infectée. Téléphonage aux proprios pour départ en urgence. Tant pis pour la mer, dansera sans le chat. Toute façon le chat les vagues il sait faire, avec son dos. Dès qu'il aura fini de se gratter.

Shampouinage du chat, sauver les meubles. Douceur et fermeté, douceur, douceur, fermeté. Coup de griffe en fin d'opération, normal. Laisser le chat s'apaiser. Appeler, parler doux, frictionner, sécher.

Convocation des coupables. Grand jeu, statue du Commandeur, regard de glace, verbe rare. Savoir économiser sa voix. Mettre le chat en boîte, il est propre. Ecouter les insanités des malpropres. Ne pas répondre, laisser blanchir sa colère dans ses yeux. Laisser dévider le roman des heures de ménages, de l'appartement remis propre. Faire remarquer qu'il l'est, maintenant. Ne pas laisser dire que c'est la faute du chat.

Récupérer son chèque avec un merci méprisant. Serrer la main avant de partir, politesse. Opposer aux lamentations une froideur sans recours. Mauvaise foi. Tourner le dos. Parler doucement au chat qui pleure dans sa boîte. Lui dire que c'est fini, qu'on rentre. Démarrer la voiture, rouler. Le chat comprend et se soulage, se féliciter de ne pas lui avoir mis trop tôt son coussin.

Trouver un parking. Récupérer une vieille serviette éponge au fond du coffre, revenir dans la voiture, bien verrouiller les portières. Extirper la bête de sa cage, trempée. Essuyer avec du papier absorbant, mettre la vieille serviette, convaincre le chat de réintégrer. Nettoyer la voiture avec un vieux chiffon, se laver les mains avec une bouteille d'eau minérale. Continuer à parler au chat, doucement. Grattouiller ses joues à travers les barreaux. Le laisser mordre l'index pour manifester son mécontentement. Redémarrer.

Conduire, toute la nuit. Rentrer. Ne pas déranger le chat, il se remet.

Dormir.